CE JARDIN SERA

FERMÉ EN CAS DE TEMPÊTE

 

Graphoclip contemporain à l'usage des Humains

 

 

Il nageait alternativement

 

La bourrasque avait été féroce

Penchés l’un vers l’autre

 

Elle avait un petit sac rose

Tentant d’envelopper sa progéniture

 

Il était très grand

Elle avait l’air résigné

 

Vous revoir juste assez

Dans le métropolitain

 

Poussée par la circulation

 

Les aurais bien peints

 

 

Le capitaine de Château-Loup

 

 

Le Dimanche

 

 

Levant gracieusement les bras

 

 

Sous le narthex de l’église

 

Il astique son harmonica

 

 

Comme un essaim d’orage

 

 

Elle n’était ni belle

 

 

Il avait la beauté

 

 

Elle avait une robe longue et ample

 

 

 

Les croque-morts ne sont plus en noir

 

 

Fous les fous

 

 

Ses mains sont comme des colombes

 

 

Ils ont des costumes fatigués

 

 

Nous avions rendez-vous

 

 

 

Elisabeth

 

 

La séparation fut un déchirement

 

 

Elle était belle et triste

 

 

Allez-y Angèle

 

 

Le couvreur aux pieds légers

Les beautés sont en beauté

 

 

L’enfant voluptueux

 

 

La vouivre habite en face de chez moi

 

 

Trois cyclistes

 

 

Les jeunes beautés

 

 

 

Satan a des slips noirs

 

 

L’autobus est plein de petits princes

 

 

Les amantes

 

 

Elle était comme un spectre

 

 

Il est d’une humeur massacrante

 

 

 

Deux adolescents

 

 

Cet homme bien élevé

 

 

Ils sont plantés là en massif

 

 

Il dort

 

 

Dans la Collégiale d’Ecouis

La putain a les cheveux blancs

 

 

Un homme entre deux âges

 

 

Elle était d’une beauté rare

 

 

Vont et viennent

 

 

La belle avait lascivement

 

 

 

Cela dura des mois

 

 

Il était comme un juif errant

 

 

Les Dames de Moïana

 

 

Ils ont des gueules d’inquisiteurs

 

 

Rose Reine Bouglione

 

 

 

Sous la vasque de Mercure

 

 

Vingt-cinq ans après sa mort

 

 

Sous les toits de l’antique Sorbonne

 

 

Il était triste et anxieux

 

 

Bientôt dans chaque encoignure

Elle descendit de son automobile

 

 

Dopés jusqu’à la moelle

 

 

Elle avait la grâce

 

 

Je sus cette fois que je ne le reverrai pas

 

 

Par l’amour de cette femme

 

 

 

Il était d’une beauté confondante

 

 

De l’autre côté de la table

 

 

Sous l’auvent de l’abri d’autobus

 

 

Elle était d’une beauté souveraine

 

 

Ils étaient comme deux oiseaux

 

Elle avait un pied magnifique

 

De l’autre côté de la rue

Montent au front

 

Il n’était la beauté même

Dans ce café de quartier

 

Lui

Elle se jeta dans mes bras

 

Elle était comme un bois flotté

Il avait la peau

 

Dessous le péristyle de la place Foch

 

Ame et souffle du monde

 

 

La douleur avait ce matin là

 

 

Elle s’enveloppa

 

 

Le kiosquier de la Placette

 

 

Harnachée de cabas

 

 

Fernand Léger l’aurait bien peint

 

 

Elle était comme une ancienne reine de beauté

 

 

Il avait les dents sortant vers le devant

 

 

Bien droite

 

 

Assis au milieu de nous

A peine couverte

 

 

Cravate sanglante

 

 

Montée en tête de ligne

 

 

Elle était à l’âge des chagrins

 

 

Mal à l’aise sur la terre ferme

 

 

 

Sous sa gabardine ordinaire

 

 

S’il avait été ténor à l’Opéra

 

 

Elle l’espérait

 

 

Dans l’arrière-pays

 

 

Les cheveux teints (nouveau)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À suivre impérativement

 

 

 

 

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Il nageait alternativement

Sur le côté et sur le dos

Ondulant

Louvoyant

Bifurquant

Changeant brusquement de direction

Comme ne le font pas les humains

Mais les poissons

Et on l’aurait cru tel

S’il n’avait régulièrement

Sorti la tête de l’eau

Pour observer l’encombrement

Afin de ne heurter personne

En cette piscine

Qu’il ne confondait aucunement

Avec l’océan

 

Il n’avait pas l’air féroce

Et concentré

Qu’ont les amoureux des sports nautiques

Forçant certes le respect

Mais non l’envie

Ni l’arrogance des fils de Neptune

Commandant aux eaux

A la limite du ridicule

 

Il s’agissait plutôt d’une symbiose

Défiant toutes les catégories

Comme les insectes en vol

Détournent à leur profit

Et contournent ainsi

La pesanteur

 

Ce nageur là

Etait la beauté même

 

Moi-même heureuse

En la liquidité

Je ne pouvais m’empêcher

De le contempler

Toute à la fascination

De l’absolue altérité

 

Mais il fallut bientôt

Détourner le regard

Comme je compris troublée

Qu’une fois de plus

J’étais en présence du sacré

 

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Penchés l’un vers l’autre

Mes beaux enfants

Refermaient les grilles de la propriété

L’un avait un vêtement

Bleu électricité

Et l’autre celui de nos vieilles équipées

Ils revenaient des haies buissonnières

Et portaient dans leurs mains

Le produit des ronces fructifères

 

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Tentant d’envelopper sa progéniture

Vigilante vigie

Entre ses épaules elle creusait le thorax

Pour protéger son petit

Ou sa petite

De la pluie du vent du froid

De la rue aux intempéries

Et des passants errants

L’enfant se tapissait dans l’habitacle

Comme il pouvait

Trésor inconscient

Mais sur le visage inquiet de la mère

Entre les rides déjà

On voyait bien

Quel miracle il était

 

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A75 Aire de l’Allier

 

Elle avait l’air résigné

Des épouses aimantes

Qui préfèrent la tranquillité

A la sauvegarde d’elle-même

 

Elle tenait à la main

Un petit sac transparent

En plastique

Avec les ingrédients

Du pique-nique

 

Lui portait

D’un air martial

Une glacière

Bleu Roi

 

Ils s’installèrent

Sur la table en ciment

De l’air de stationnement

Et en un rien de temps

Se remplirent

Sans rires ni paroles

 

Ils fonctionnaient

Tout occupés à se tenir en vie

 

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Dans le métropolitain

Un musicien

Debout contre le mât

Tenait dans les bras

Sa contrebasse

Comme une belle endormie

Une amoureuse lascive

Dont il attendait l’éveil

A la prochaine station

 

Mais comme il n’avait pas de temps à perdre

En attendant la répétition

Il lisait

Tenant de son autre main

Un livre

La tête légèrement inclinée

Comme on le fait devant un maître

Vénéré

 

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Lycée Siegfried

 

La bourrasque avait été féroce

Et les feuilles d’automne

Rousses et recroquevillées

Jonchaient du couloir

Le pâle linoléum

Et de la salle de classe

Le parquet délavé

 

Le tableau était poignant

Comme au théâtre

A la fin du drame

Le décor

De l’adieu las et fervent

Des amants

Résignés

 

Sans doute en était il ainsi

Car au milieu des débris

Reliefs funestes

Soufflés par le vent de la cour

Et du jour

Et des temps

Dans le bâtiment déserté

A côté des arbres défoliés

Mes élèves errants

M’attendaient

Splendides ignorants

 

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Elle avait un petit sac rose

Comme on en offre aux petites filles

Ou aux très jeunes filles

Elle portait un costume pimpant

Avec un corsage élégant

Elle était bien coiffée

Et soigneusement maquillée

 

Mais regardant alternativement

Les feux des voitures

Les voitures et les feux

Elle hésitait même au passage

A traverser l’avenue

On voyait à cela

Que sa jeunesse était lointaine

Et on en admirait davantage

Son allure

 

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Il était très grand

Et son manteau de laine

Noir et épais

Lui battant les chevilles

Le faisait paraître

Plus grand encore

 

Engoncé dans son écharpe

Doublement nouée sous son menton

Alors qu’il ne faisait pas froid

On comprenait mal

Sa tête découverte

Et ses cheveux très ras

 

Son regard d’aigle

Etait sans cesse en alerte

Et il tournait la tête

De-ci de-là

 

Ce n’était pas quelqu’un d’ici

Il n’était pas assez à l’aise

Ni même un voisin de l’Est

Rêveur et mélancolique

Ni non plus quelqu’un d’ailleurs

Car il n’était pas exotique

 

Ce n’était ni un truand ni un policier

Bien trop visible pour cela

Ni un artiste ni un commerçant

Trop agité il n’aurait pas pu s’y tenir

Pour un fou il était trop socialisé

Et trop contrarié pour un ermite

 

Il n’était pourtant pas menaçant pour un sou

Ni non plus très réconfortant

Il était

Et c’était bien ainsi

Il était

Et cela était

 

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Vous revoir juste assez

Pour renouer

Avec le déchirement

 

Procéder dans la pénombre de votre vestibule

A la cérémonie

N’importe comment

Puisque maintenant

Cela n’a plus d’importance

Parce que nous sommes désormais

Trop au fait

L’un de l’autre

Et l’un et l’autre

Ensemble

De nous-mêmes

 

Entendre votre voix comme un oukase

Et cela en est un

Prononcer la locution

Bibliothèque Nationale

Parce que vous pensez

Que ce qui a été

Doit être

Et non pas effacé

 

Me donner le seul objet

Que vous ne m’ayez jamais donné

Depuis quarante ans que je vous fréquente

Et fréquenter est bien le mot

Puisque à l’origine

Il signifie célébrer

 

Me donner l’objet qui enfant

Vous fascinait

Et si ce n’est pas celui-là

Le même

C’est du moins son pareil

Celui qui par sa fente

Ouvrait au monde entier

 

Evoquer avec vous la tragédie

Qui nous lie

Et nous relie

Vous par l’absence

Et moi dans la re-création

Vous entendre inspirer

Au-delà de la mesure

Pour retenir en vous en propre

Vos propres sanglots

 

Et ensuite

Parce que sinon cela ne serait pas

Me retrouver seule dans la rue

Dehors

Avec cette sensation

Que je connais si bien

Celle d’une irradiation

D’abord indolore

Avant qu’elle devienne

Au fil de la marche et du temps

Une chaleur absolue

Et une brûlure extrême

 

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Poussée par la circulation

La circulation même de l’air et du vivant

Debout à la terrasse

Du Canyon Bar

Au Centre Ville

Dans cette bourgade de garnison

Entre la colonnade

Et le parking

Les pieds dans la conque

De ses sandales

Inconfortables

Et bon marché

Voguant de table en table

Comme une Vénus

Née du souffle de Botticelli

Ses fesses généreuses

A l’étroit

Dans une longue jupe kaki

Elle prenait les commandes

Sa vaste chevelure blonde

Frôlant les clients

La poitrine à l’air

Débordant de son débardeur noir

Plus que moulant

On l’aurait cru

L’œuvre d’un peintre

Tableau retrouvé dans un grenier

Un jour de grand déménagement

Toile retournée

Sans excès de ménagement

N’eut été au revers de son épaule

Tatouée de feu et d’encre

Crachant et rutilant

Obscène et éructant

Un dragon

Les ailes toutes ouvertes

Dans le vent

 

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Les aurais bien peints

Les beaux aimants

Si peinteresse

J’avais su peinturlurer

 

Les aurais bien peints

Lui l’homme

A la chemise fauve

Or et écarlate

Et elle la femme

A la robe à fleurs

Fleurement fleurie

 

Les aurais bien peints

Les beaux aimants

Si peinteresse

J’avais su peinturlurer

 

Mais las

Ne l’a pas voulu

Jalouse

L’amère Divinité

 

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Le capitaine de Château-Loup

Dort tout seul au fond d’un trou

Sous des mètres de terre

Et de nuages

 

Il est parti rejoindre

Les ossements incertains

Des ancêtres certains

 

Les lettrés penchés sur leurs grimoires

Les funambules en abîme sur le vide

Les dandys épuisés d’avoir trop rusé

Et les enfants effrayés

De s’aventurer seuls

Dans l’éternité

 

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Le Dimanche

Les footballeurs

S’en vont foutant

Les couples

S’en vont flirtant

Et les vieillards

S’en vont peinant

 

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Levant gracieusement les bras

Au dessus d’elle

Elle tirait vers elle les volets

La tête tournée en arrière

Pour répondre à son enfant

Qu’elle couchait

Comme la fin du jour s’annonçait

 

Passant dans le couloir

Je vis la scène

On aurait dit le tableau d’un grand maître

 

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Au Monastère

 

Sous le narthex de l’église

Devisent les saintes femmes

Elles évoquent

Les provisions de pain

Et les soins à donner

Au père abbé

Infirme et vieillissant

 

Sous le narthex de l’église

Les saintes femmes

Ne sont pas si saintes

L’aînée partie

La plus jeune allume une cigarette

Son sac à dos ficelé à son côté

Et rêve

En buvant son café

 

Sous le narthex de l’église

Bascule la vie d’une sainte femme

En religion bientôt

Elle sera sœur Marie

 

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Il astique son harmonica

Comme un tueur son flingue

Un prisonnier son chibre

Un amoureux ses mots

 

Il astique son harmonica

Mais il n’en joue pas

 

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La menace

 

Comme un essaim d’orage

Ils étaient là

Jeunes

Dans les couloirs

Abeilles bourdonnantes

Guêpes fétides

Frelons menaçants

Djinns

Métalliques et apocalyptiques

Entourant

Harcelant

Insultant

Le visage pâle errant

Le poursuivant

Le chahutant

Le molestant

Léchant avidement

Ses suintements

Et d’angoisse et d’horreur

Butinant sa peur

Absorbant

Goulûment

Les écoulements puants

De l’humiliation et de la compromission

Pour en faire un jour

Le miel

De leur insurrection

 

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Elle n’était ni belle

Ni laide

Royale quand même

La peau sombre

La chevelure plus noire encore

Venant sans doute d’un lieu

Dont on était sans nouvelles

Une de ces îles

Où on concassait encore la tête

Aux prisonniers

Avec des massues sculptées

Qu’on s’arrachait ici

Chez les marchands spécialisés

 

Elle n’était ni belle

Ni laide

Royale quand même

La tête engoncée

Dans un chandail grège

Très ordinaire

Une longue jupe

En toile épaisse et bleuâtre

La couvrant jusqu’aux pieds

Serrant contre elle

Des sacs en plastique

Tout pleins

Du strict nécessaire

 

Elle n’était ni belle

Ni laide

Royale quand même

Avec dans le regard

Un je ne sais quoi

D’exilé

Qu’on aurait dit

D’écumes et de vagues

Si elle n’avait pas

Sur la banquette d’autobus

De la ligne Petite Ceinture

Eté si carrément

Callée

 

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Il avait la beauté

Sombre et ténébreuse

Des héros romantiques

 

La chemise blanche

Ouverte sur son poitrail de fauve

Son manteau noir épais

Répandu

Abandonné au monde

Le pantalon rayé

Comme en portent au théâtre

Les dandys

Chez Musset et Hugo

 

La barbe très noire elle aussi

Sous des cheveux assortis

Ses yeux à l’avenant

Jetant des étincelles

 

Sur le siège

Il occupait deux places

Non par défi

Ou par laisser-aller

Mais pour être plus à l’aise

Pour rêver

Ce qu’il faisait intensément

Propageant à la ronde

Un analogue songe

 

Il avait fière allure

En tous points parfait

Jusqu’au châle tricoté

Gris perle

Un peu vieillot

Comme on en voyait

Dans ma jeunesse

Chez les vieilles

 

Il avait dû lui être donné

Par une femme

Négligemment noué

D’une façon savante

Afin de laisser voir

Les poils de son thorax

 

Il l’arborait ostensiblement

 

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Elle avait une robe longue et ample

En velours noir

Comme en ont sur la scène des théâtres

Les vierges

Qui n’ont pas trouvé preneurs

 

Elle avait carré sa majestueuse pesanteur

Sur le haut d’un haut tabouret

Et accoudée en face de moi

De l’autre côté de l’établi

Travaillait de la terre bleue

Un peu plus claire que la mienne

 

Nous faisions barbotine commune

 

Elle racontait de ses neveux et de ses nièces

Les menus faits de leurs vies quotidiennes

Et on faisait l’effort de l’écouter

Parce qu’elle était touchante

Dans sa simplicité

 

Autrefois on l’aurait dit simplette

 

Mais dans cet atelier minuscule

Au sous-sol d’un hôtel particulier

Où se mêlaient les mains et les rêves

Les cœurs ne pouvaient pas

Longtemps s’ignorer

Car c’étaient eux

Qui impulsaient les formes

 

Et dans cet art de la céramique

Dans lequel je n’étais plus une débutante

Mais pas encore tout à fait assurée

Elle était depuis longtemps

Une vieille routière

Plus que chevronnée

 

Comme je me colletais

Courageusement

Avec une grande idole

Dont je voyais jaillir

Entre mes doigts

Envers et contre moi

Le corps tourmenté

Elle peaufinait à l’aise

L’anse d’une saucière

Alambiquée

 

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Cimetière de Soissons

 

Les croque-morts ne sont plus en noir

Mais en bleu pétrole

C’est la Révolution Cybernétique

Tout fond

Tout glisse

Tout lisse

 

Les croque-morts ne sont plus en noir

Mais en gris informatique

C’est la modernisation

Attention

 

Un signe de trop

Et fragile

La mort s’éclipse

Laissant les chairs désorientées

S’égarer

Dans les cieux désertés

 

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Fous les fous

En sarabande

Se suivant

Avançant

Ou reculant

En s’aimant

Se haïssant

Se pinçant

Se caressant

 

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La Causeuse

 

Ses mains sont comme des colombes

Qui s’agitent et s’envolent

Reviennent et virevoltent

Dans un sens et dans l’autre

Montrent traversent et tournoient

Versent et se renversent

Quêtant affolées les moyens d’habiter

Les failles quadrillées de l’espace illimité

 

Ses longues boucles d’oreilles

De nacre et de métal

Descendant bien bas

Sur son pull-over noir

Austère et secret

Contrepoint rengainé

De son visage figé

 

Mais les doigts volatiles

Nuage diaphane de paroles digitales

Démentent pathétiquement

Cette volonté sévère

De maintenir coûte que coûte

Quoi qu’il en coûte

Le plus dur

Des ordonnancements

 

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Colloque

 

Ils ont des costumes fatigués

Et des calvities plutôt sévères

Des sacoches patinées

Et des lunettes esthétiques

Hiératiques

Ils ont les corps délacés

Et des idées à vérifier

Professeurs patentés

Serviteurs installés

De Notre Très Sainte Mère

L’Université

 

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Nous avions rendez vous

Au lieu-dit

A l’heure dite

 

Je la vis venir de loin

Raide et froide

Mais j’en avais l’habitude

Ses lunettes de soleil

Durcissant encore

Un faciès

Déjà dur

Désormais devenu avec l’âge

Presque un masque

 

Je ne m’arrêtais pas

A si peu

Toute à mon affection

Vieille de plus de quarante ans

 

Je lui fis un petit signe

Auquel elle ne répondit pas

Je ne m’en offusquai pas

Grande fille maintenant

Il en était bien temps

 

Comme elle traversait la rue

Je m’avançai vers elle

Et lançai quand elle passa à ma hauteur

Un joyeux

Salut ma belle

Auquel elle ne répondit pas

 

Je la regardai médusée

Continuer son chemin

Comme si je n’existais pas

 

Vaguement soupçonneuse

Je scrutai le bas de son visage

Et son regard

Derrière les lunettes

 

Ce n’était pas elle

 

J’éclatai de rire

Cueillant sur un visage anonyme

Un sourire complice

Et réjoui

 

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Elisabeth

Tête baissée

Fonce au lycée

Pas pressé

Habillée

Pomponnée

Verrouillée

 

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Taxi

 

La séparation fut un déchirement

 

Il avait l’air d’un chauffeur de taxi

Et moi d’une cliente arrivée à bon port

C’était tout à fait cela

Mais pas du tout cela

 

Il m’avait quatre années durant

En Ile de France

Compteur tournant

Emmenée entre routes et champs

Jusqu’à un lieu somptueux

Et retiré

Visiter des corps souffrants

Qui m’étaient toujours chers

Ceux de mes géniteurs

Qu’en dépit des difficultés

Je n’avais pas abandonnés

Ni même relégués

 

Il avait partagé avec moi

La tension de l’aller

Et le soulagement du retour

Puis l’habitude aidant

Plus que la tension

Le soulagement

Mais aussi

L’absence d’amertume

Face aux liens brisés

Ou pire

Ceux qui ne s’étaient jamais noués

Déni de filiation

Défaut de la cuirasse

N’empêchant pas

Le rire

Et la sérénité

Et ce

Par tous les temps

 

Il connaissait le chemin par cœur

Et je me laissais conduire

Sans plus rien indiquer

Comme le trajet était long

Et que nous le faisions souvent

La conversation s’était étoffée

Et nous nous étions découverts

Tous les deux

Enfants perdus et déclassés

Par l’implacable air du temps

Lui conduisant des clients

Dans sa presque limousine

Et moi surveillant un bagne

Dont j’étais submergée

Tous les deux

Traversant avec constance

La quotidienne mort

Pour résister encore

 

Il était d’une beauté suprême

Et dans cet univers païen

Mars et Venus avaient fait le reste

 

Las

C’était maintenant la fin

Il s’arrêtait

L’âge venu

Licence vendue

Et partait vers d’autres cieux

Où on ne se verrait plus

 

Je payais le prix

Qu’on avait

Par jeu

Grand seigneur de part et d’autre

Fixé toujours à cent euros

Gagnant à tour de rôle

L’un contre l’autre

Et ensemble

Sur les contingences

De la réalité

Qui n’était pas parvenue

A nous broyer

 

Lui à son volant

Et moi devant la porte

Lui comme un chauffeur de taxi

Partant vers d’autres courses

Et moi comme une cliente arrivée à bon port

Nous nous fîmes un geste de la main

Pas seulement l’au revoir des enfants

Ou l’à bientôt des amis

Mais l’adieu bouleversant

Des presque amants

 

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Elle était belle et triste

Dans ce café discret

Son béret orange bien droit

Sur sa face placide

Elle m’émut dans les tréfonds de l’être

Juste avant que je découvre

A quel point je l’aimais

 

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Eté studieux

 

Je pense à vous mes angelots

A Palavas-Les-Flots

 

Je pense à vous mes angelots

A Palavas

Sur le sable

Et les flots

 

Je pense à vous mes angelots

A Palavas-Les-Flots

Sur la vague

A Palavas

Le sable

Et l’eau

 

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Porte de Champerret

 

Allez-y Angèle

Dit la patronne

A l’employée

Plus âgée qu’elle

Chez Léonidas

Avenue de Villiers

C’est Noël

Et chocolat

Les boîtes débitent

Au dessus du tiroir-caisse

Qui cliquette

La queue s’allonge

Sur le trottoir

On se presse

On s’oppresse

Allez-y Angèle

Dit la patronne

Pour accélérer le mouvement

Et éviter l’engorgement

 

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Pays de Bray

 

Le couvreur aux pieds légers

Vole de toit en toit

Ardoise

Ma mie

Ne glisse pas de mes doigts

Mais mets toi

Et tiens-toi

 

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Les beautés sont en beauté

Exsudant toute leur féminité

Parées de leurs plus beaux atours

Elles ont sorti tous leurs appâts

A l’entour

 

Elles sont au bras de compagnons

Amants braves et sereins

Danseurs dignes dans leurs vestes

Valse musette accordéon

De pontons en guinguettes

A Joinville le Pont

 

Les beautés sont en beauté

C’est Dimanche au bord de la Marne

On va chez Gégène

Ou Au Petit Robinson

 

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Vezins du Levézou

 

L’enfant voluptueux

Caresse la colonne

Du lit à baldaquin

Main sur bois

Doigt sur cire

Rêve sur rêve

 

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Vis à vis

 

La vouivre habite en face de chez moi

De l’autre côté de la rue

Au premier étage

Dans un immeuble très bourgeois

 

Au dessus de sa jardinière

De géraniums prolifiques

Les capucines grimpantes grimpent

Arborant tous leurs jaunes

Oranges

Beiges jaunasses et orangés

 

Le chèvrefeuille occupe

Comme il peut

Tout le reste de l’embrasure

 

Coulant à flots

Au dessus de la grande porte cochère

Son installation végétale

Force en tous points l’admiration

 

Dès qu’il pleut

Elle ouvre sa fenêtre

Et s’accoude

Batracienne éperdue

Gonflant sa gorge

Au fluide vital

 

Je fais de même

Et nous nous sourions

 

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Trois cyclistes

Sont passés

Parlaient de Cap Horn

Et de vent assassin

 

Trois cyclistes

Sont passés

Fronts baissés

Cœurs fermés

 

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Séminaire

 

Les jeunes beautés

Ont le visage fatigué

C’est la fin de l’année

Les jeunes beautés

Ont les traits tirés

 

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Satan a des slips noirs

Au nom des couturiers

Le tissu collant

Tient ses génitoires bien serrés

Il ne s’agirait pas

Que sa semence s’éparpille

Et tombe dans des lieux

Où le malheur ne germerait pas

 

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Beaux Quartiers

 

L’autobus est plein de petits princes

Sortis à quatre heures

Du Parc Monceau

Et montés

Dans le quatre-vingt-quatre

A l’arrêt Murillo

 

Ils sont blancs

Dans leurs costumes

Uniformément

Leurs costumes

Bleu marine

Pareillement

Accompagnés de leurs nurses

Etudiante désargentée

Asiate dépaysée

Toutes également

Discrètes

Efficaces

Et stylées

 

Ils tiennent à la main

Les gros goûters

Qu’on vient juste

De leur apporter

 

Ils parlent sans faute

Et rient sans éclats

N’occupent pas toutes les places

Et se saluent gentiment

En se quittant

 

L’autobus est plein de petits princes

Charmants et babillant

Qui se retrouveront

Main dans la main

Le lendemain

 

Leur école est un hôtel particulier

Et à la récréation

Ils jouent dans les allées

 

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Les amantes

Tendent leurs visages avides

Vers les aimés

Qui se reculent

Distants

Et prévenants

 

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Elle était comme un spectre

Joliment arrangé

Toute son énergie consacrée

A offrir à autrui

Un pourtour savamment agencé

 

Elle attaqua mon physique

Et ma pensée

Pas mon œuvre tout de même

Car elle savait cela sans retour

Piétinant

Tout ce qu’elle pouvait piétiner

 

Elle était comme un spectre

Joliment arrangé

Destituant d’une phrase

Chacune des miennes

Tirant sur tout ce qui vivait

Aimait

Bougeait

Ou simplement respirait

 

J’abrégeai la rencontre

Qui ne pouvait avoir lieu

Elle était comme un spectre

Joliment arrangé

 

En un peu plus toxique

 

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Il est d’une humeur massacrante

Il va me massacrer

 

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Avenue Niel

 

Deux adolescents

A l’arrêt d’autobus

S’efforçaient de s’aimer

Comme les Grands

 

Elle avait un look d’enfer

Avec un chapeau de paille

Digne au théâtre

D’une représentation

D’Un mois à la campagne

 

Lui

La peau mate

Avec des boucles sombres

S’était modernisé

D’un collier en terre cuite

 

Ils s’appliquaient ce matin là

A garder

Dans le soleil levant

La bonne distance

N’étant ni trop proches

Ni trop lointains

Et tentant

Comme on le voit dans les téléfilms

D’entrecroiser en gros plans

Leurs répliques

Sans chevauchement

 

Mais la pesanteur charnelle

Qui les poussait l’un vers l’autre

Rendait difficile

Un jour d’été

Cet exercice par trop raisonnable

 

Le flot aqueux

Qui les parcourait souterrain

Irriguait la rue

Tout à l’en tour

 

Moi qui aurais pu

Etre leur grand-mère à tous les deux

Les surplombant

Depuis l’autobus stationné

J’en fus toute ressourcée

 

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Cet homme bien élevé

A l’air exaspéré

Délivre son épouse

D’un vêtement cintré

Rigide et encombrant

 

Chevalier servant

D’une femme servie

A si bien faire semblant

Il en est émouvant

 

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Ils sont plantés là en massif

Sur le rond-point bombé

Comme les fleurs cultivées

Par leurs jardiniers

Sur le parterre du carrefour

Aménagé tout au bord

De l’Aéroport

Du Bourget

Ouvrant tout grand

Leurs corolles

Au vent nouveau de la technique

Spectateurs clandestins

Du Salon de l’Aéronautique

Scrutant par-dessus le grillage

En fraude et en extase

La prouesse électronique

L’extrême vol métallique

Des grands oiseaux

Tout blancs

 

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Il dort

Plein de songes et de mort

Devant l’écran bleuté

Cathodique et maléfique

La guerre fait rage

La terre est dévastée

Dedans le grand fauteuil

Il rêve

Catholique

Désaffecté

 

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Dans la Collégiale d’Ecouis

Cette année là

On mariait Petit Cousin

 

Entre boiseries et chapeaux

Les bouquets embaumaient

Et les cierges illuminaient

 

La gorge commune recueillie

Modulait cantiques et psalmodies

En lentes vibrations

Sous la voûte

Le chant ecclésial s’élevait

Tournoyant sous les briques et les pierres

Entre le Vexin normand et français

 

Perché sur la rosace

Contre le bleu céleste

Un oiseau en mesure

L’accompagnait

 

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Distique de la rue

 

La putain a les cheveux blancs

La putain à cheveux teints

 

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Un homme entre deux âges

Et une chienne sur le retour

Ne vivaient plus

Que l’un par l’autre

Ne vivaient plus

Que l’un à l’autre

 

Elle suiveuse suave

Suivante et suante

Dégoulinante

D’aimance affective

Lui la repoussant

Sans haine affectée

Comme une serviette mouillée

En attendant

Qu’elle ait séché

 

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Elle était d’une beauté rare

Visage de porcelaine

Cheveux de jais noirs

Assourdis encore par une teinture sombre

De grands yeux bleus

Qu’aurait aimés Matisse

Ou Picasso

Une bouche rouge

Repeinte à l’écarlate

Emergeant d’une robe à résille

A damner les poètes

 

Je la contemplai longuement

Dans le silence

Des heures durant

Rêvant à l’œuvre qui en naîtrait

 

Las

Au déjeuner

Elle s’adonna

A la violence

Et à la méchanceté

 

Bouleversée

Ma création avorta

 

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Vont et viennent

Ames en peine

Têtes baissées

Humiliés

 

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La belle avait lascivement

Remonté les volets

Et ouvert sa fenêtre

Pour apparaître

Encore un peu ensommeillée

Dans la lumière blanche

De la cour

 

Elle arborait un peignoir

Comme on en voit

Dans les journaux de mode

Plus fait pour se montrer

Que s’activer

 

Elle se mouvait lentement

Peu pressée d’aborder

Les difficultés de la journée

Lesquelles ne pouvaient être

Etant données sa maîtrise

Et son allure

Que des désagréments

 

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Cela dura des mois

Quelques années

Ils se retrouvaient le matin

Dans l’autobus de sept heures trente

Tous les jours ouvrables

Les jours ouverts

Les jours ouvrés

 

Il l’attendait à l’arrêt

Debout au bord du rebord

Du Boulevard de Courcelles

Comme elle venait de bien plus loin

De la Place des Ternes

Ou encore de plus haut

De la colline du Trocadéro

 

Comme le véhicule ralentissait

A l’annonce de la rencontre

Sous la tente de l’attente

Elle scrutait le trottoir

Souriant dès qu’elle l’apercevait

Sûre de son bonheur

Et de son pouvoir

 

Lui montant radieux

Illuminait à lui seul tout le couloir

N’ayant d’yeux que pour elle

Il se jetait sur la banquette

Vide à cette heure là

Et assis en face d’elle

Penché

Courbé

Lui baisait les mains

Fervent

Eperdu

S’attardant sur elles

Comme si le sort du monde en dépendait

 

Et pour lui au moins c’était sûr

Il en dépendait

Car tous les jours il recommençait

 

Et ensuite

Mais ensuite seulement

Un moment après

En se redressant

Il l’embrassait sur les deux joues

Comme une amie

Comme une femme

Comme une maîtresse

Après qu’il eut

Dans les cieux entrouverts

Vénéré la déesse

 

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Boulevard Serrurier

 

Il était comme un juif errant

Ne se sentant plus ni juif

Ni errant

S’accrochant à deux mains

A la canne

Qu’il tenait devant lui

En avant

Loin du sol

Le regard éperdu

Perdu

Dans le vague

Dans la brume

Dans le froid

La froidure

La solitude

Et l’angoisse du monde

Incréé

 

Il était accompagné

D’une femme

D’une fille

Une nièce

Une amante

En tous cas une amoureuse candide

Qui légèrement inclinée contre lui

Le convoyait muette

Le poussant dans la bonne direction

Bouvière résignée

Témoin d’humanité

 

Il était comme un juif errant

S’avançant hagard

S’accrochant à deux mains

A la canne

Qu’il brandissait devant lui

Comme un sésame

Pour fracturer la nuit

 

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Les Dames de Moïana

Arpentent les couloirs

La peur aux seins

L’angoisse au ventre

Ne font mine de rien

Mais ne pensent qu’à cela

 

Elles attendent les prélèvements

Quêtant les résultats

Scrutent les écrans

Détournant le regard

D’un air indifférent

Pour trouver en elles-mêmes

Réconfort et bien-être

Pour le cas échéant

Affronter

La nouvelle

 

Cachant leur tragédie

Dessous cet euphémisme

Les Dames de Moïana

C’est ainsi qu’on les nomme

Hantent l’hôpital

Du Pavillon de Jour

Au bâtiment axial

 

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Ils ont des gueules d’inquisiteurs

Pleins de haine et de méchanceté

S’apprêtant à torturer

Non par plaisir

Mais par nécessité

 

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Rose Reine Bouglione

Fait ses débuts de contorsionniste

Sous l’épais chapiteau rouge

De toile rouge

D’un cirque de poche itinérant

Errant

Entre les terrains vagues de la ville

Coincé cette fois

Entre les boulevards des Maréchaux

Et le Périphérique

 

Sale et miséreux

Le lieu fait peine à voir

 

Elle a six ou sept ans

Rose Reine dans son costume

Lie de vin

Deux pièces à sa taille

Vêture minimum et même

Presque un peu moins

En dépit de la bordure de dentelle

Qui ne cache rien

De ce très jeune corps extrême

Tout de beauté et de flexibilité

 

Sa compétence et sa technique

Son enthousiasme encore bien plus

Forcent tellement le respect

Que face à ce prodige

Volant et voletant au trapèze

Au-dessus d’un impérial tapis

Aux couleurs pâles et suaves

On détourne les yeux

Mais non pas les oreilles

Car les cris de sa famille

Nombreuse et chamarrée

L’encouragent sauvagement

Et se frayent un chemin

A travers le monde clos des spectateurs

Installés sur les banquettes

De bois

 

On pense à l’imposant Cirque d’Hiver

A la polychromie tenace

Que dirige sa parentèle d’oncles

Et à tous ses ancêtres

Les arrière ceci et les arrière cela

Depuis le premier montreur d’ours

Jusqu’aux spots électroniques

Et aux tigres blancs

Retenus par de hautes cages

 

Rose Reine Bouglione

Fait ses débuts de contorsionniste

Au cirque Romanès

Et ne se demande pas encore pourquoi

Son père à elle

En homme libre

A renoncé un jour

Au confort

Et à la sécurité

Choisissant sans lui demander son avis

De l’entraîner avec lui

A la poursuite du vent

 

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Villa Médicis

 

Sous la vasque de Mercure

Agenouillée dans la matrice du jardin

Elle regarde derrière la grille

Le corridor obscur du jardin

Donnant sur le pavement du vestibule

Les grandes lèvres des portes

S’entrouvrent sur le cloaque de la ville

Mais elle ne veut pas quitter le corps de pierre

Car elle ne sait comment dire

Au nom du manque

 

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Vingt-cinq ans après sa mort

J’appris qu’il avait été pêcheur

A la barque et à l’épervier

Sur la rivière en contrebas

Entre les flots du Tarn

Coulant de vignes en amandiers

 

C’était donc cela

Le cœur de sa sereine gravité

Qui tant de fois

M’avait tant de jours et tant de fois

Attirée tant de fois

Chez ce célibataire taiseux

Comme j’étais moi-même

Encore jeune et toujours enflammée

 

Une génération nous séparait

Mais dans le haut de ce haut village

Entre les grottes et les oiseaux

Dans le cœur du creux du rocher

Des deux côtés du même mur

Lourd et irrégulier

De toutes les pierres ocres et rosées

Qu’en ce lieu depuis longtemps sédimenté

La terre aride avait secrétées

Nous nous aimions

D’un amour singulier

 

Et pourtant

Je le connaissais à peine

Sauf de temps à autre

Au gargouillement de son évier

Car servitude des lieux

L’eau à découvert

En coulait dans ma cour

Pas même mitoyenne

La quantité d’un seau à peine

Qu’il allait chaque jour

Chercher à la fontaine

Pour lui-même et sa mule

Dont je guettais pour me rendre à moi-même

Le bruit sourd du sabot

Frappant hiératique

Le sol meuble de son écurie

Horloge chaotique

A ponctuer le temps

 

Lui ne m’entendait pas

C’est ce qu’il me dit un jour

Au cours d’un long et unique discours

Dans lequel il m’expliqua prolixe

Mystère préhistorique

Tout le bien qu’il pensait de moi

 

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Sous les toits de l’antique Sorbonne

La Vieille

Comme on la désigne maintenant

Pour la différencier de ses excroissances

Nombreuses et variées

Fragmentées

Disséminées

Dans le quartier ou ailleurs

A côté ou plus loin

Fleurissent les vasistas

Les chiens assis

Les stores rayés

Les portes en bois

Les vitres à petits carreaux

Les gouttières et les frontons sculptés

Les urnes de guirlandes ornementales

Les oeils de bœuf monumentaux

Dont on s’étonne de les voir placés si haut

A contempler le ciel

Les échelles grimpant raides contre les cheminées

Les balustrades de fonte ou de pierre

Et les toitures en zinc

Camaïeu de gris sur les briques empilées

Sous les ardoises alignées

On ne voit pas les tuiles qui détonneraient

Sous le paratonnerre arrogant

Singulier

Comme le pavillon provoquant

D’un fort encore tout prêt

A engager l’ultime combat

 

Sous les toits de l’antique Sorbonne

La Vieille

Comme on la désigne maintenant

Entre pavé et oiseaux

Le Séminaire rêve.

 

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Acupuncture

 

Il était triste et anxieux

Tout seul dans le vaste appartement

Où d’habitude ils étaient quatre

A exercer leur ministère

La secrétaire elle-même

Ce jour là

N’était pas là

Et les écrans d’accueil

Obstinément obscurs

 

La déréliction suintant de partout

Et je me refusais à croire

Qu’il n’était venu que pour moi

 

Il procéda aux gestes professionnels

S’efforçant d’officier

Entre son tensiomètre

Et ses aiguilles

 

Il renouvela la liste des médicaments

Ajoutant à ma demande

Pour mes lèvres

Un baume contre les gerçures

 

Les mots retenus gonflaient le silence

Et pour colmater la digue qui menaçait de se rompre

Je verbalisai pour deux

L’horreur du monde

Et la froideur de la saison

 

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Bientôt dans chaque encoignure

Sous chaque abri

Une masse agglomérée de cellules

Et de chairs vivantes

De sacs informes

Et de paquets résignés

Terrorisés

 

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La vétérinaire

 

Elle descendit de son automobile

Un flacon à la main

Les glissières de sa salopette

Entrouvertes

Elle parla de la beauté du mois de Juin

Des herbes hautes

Et des champs pas encore moissonnés

Sans doute la seringue

Etait-elle dans sa boîte

Tout au fond de sa poche

Car comme l’éleveur

Disant C’est par ici

Lui indiquait au-delà du portail

Le chemin du bétail

Pour honorer le rendez-vous vaccinal

Elle répondit simplement

Je vous suis

 

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Tour de France 2009

 

Dopés jusqu’à la moelle

Les oreilles bouchées par les oreillettes

Pour recevoir les ordres des managers

Et les exécuter sans barguigner

Machines pédalant machinalement

Sur leur autre machine

A chaîne et à roues

A roues et à chaîne

A roue

A roue

Faisant corps

Au milieu des publicités

Des maillots

Des casquettes

Des banderoles

Les hommes sandwiches cybernétiques

Atteignant le haut du Mont Ventoux

S’élancent un à un vers le ciel

 

La foule en extase les acclame

Car c’est bien cela qu’elle vient voir

L’animal s’arrachant aux fourrés

Aux haies et aux vallées

Pour sans états d’âme

Muter en fusée.

 

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Elle avait la grâce

Qu’on voit aux ballerines

Sur les scènes des théâtres nationaux

Son jean et son tee-shirt

Lui servant de tutu

Ses ailes déployées

Ouvertes à tout venant

Montrant qu’envoyée chez les Humains

Elle n’en demeurait pas moins

La messagère des dieux

Exposant à la terrasse du restaurant

Sa beauté surhumaine

Elle circulait de table en table

Pour y déposer un à un

Les petits paniers bien rangés

Arrangés

Alignés

A intervalles réguliers

Suspendus par leur anse

Dessus ses avant-bras

Habitacles de métal

Contenant moutarde sel et poivrier

Comme au matin de Pâques

A la messe

Les œufs sacrés

 

Impossible de le nier

On avait bien affaire

A une serveuse stylée

Au restaurant sous les arcades

Elle était employée

Et illuminait à elle seule

Cet été là

Toute la place du Marché

 

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Je sus cette fois que je ne le reverrai pas

 

Il était comme un fou

Au milieu

Coulant de lui

Des reliefs de sa vie

Assis devant sa table de nuit renversée

Celle de son enfance me dit il

Qu’il s’efforçait en bibliothèque

De transformer

Utilisant la porte démontée

Pour cacher le Minitel

Auquel il pensait que ressemblaient désormais

Les ordinateurs

Dont il avait entendu parler

 

Il avait derrière lui une lampe vulgaire

Singeant le bon goût de la préciosité

Il m’en vanta la beauté

 

Il disait n’importe quoi

Que je m’efforçais d’interpréter au mieux

Lui donnant la réplique

Comme aux beaux jours d’autrefois

Le cœur y était bien

Mais l’esprit se dérobait

Le sien fuyant sans cesse

Et le mien s’inquiétant

 

C’était peine perdue

Il sautait d’une idée à l’autre

Incapable de les relier

Et encore moins de les articuler

 

Dans cet automne splendide

Pareil à l’été triomphant

Mon amour à la peine se résignait déjà

Ses mèches blanches

Qui m’avaient tant séduite

Annonçaient bien l’hiver

Il neigeait déjà dans sa vie finissante

La chaleur de nos paroles

N’était pas suffisante pour renverser

Le cours du temps

 

Le séjour amiotique

Qui m’avait là

Moi la mal née regestée

Pour un ici

Ailleurs tout autrement

Etait désormais dissipé

Ravagé

 

Au loin sur la ligne d’horizon

La barque du passeur

Apparaissait déjà

Et la rame de Charon

Régulière

Clapotait

Obstinée

 

Il était comme un vieux fou

Disant n’importe quoi

Et que je ne le reverrai pas

Je le sus cette fois là

 

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Par l’amour de cette femme

D’un certain âge pourtant certain

Son ancienne et toujours belle

Compagne

Lui petite moustache sur teint cireux

Résolument coiffé à l’embusqué

Echappait

Mains dans les poches

A l’amertume et au chagrin

 

Elle

Impeccable sous son chignon blanc

Bien tiré

Maquillée juste assez pour l’heure

Et la nécessité

Avait pour lui

Des gestes de tendresse

Qu’il subissait avec tranquillité

Sinon avec plaisir

Comme un maître

Habitué aux excès d’une vieille chienne

Qu’on a depuis longtemps

Renoncé à corriger

 

Elle veillait à son bien être

Comme elle l’avait toujours fait

Bien avant qu’ils ne deviennent

Là debout devant le banc

Attendant l’autobus

Commentant sans inquiétude

Ni générosité

Tous ceux qui passaient

Côte à côte

Désormais

Pour le meilleur et pour le pire

Ces vieux amants

 

On voyait bien

Qu’ils en avaient vu d’autres

Et que rien ne pouvait les ébranler

Ni les intimider

 

Mais pensant à la guerre

Depuis longtemps terminée

On ne pouvait rétroactivement

S’empêcher de frissonner

 

(A l’arrêt du 43 Gare du Nord)

 

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Il était d’une beauté confondante

 

Auprès de lui

Les anges accompagnant Mozart

Seraient passés inaperçus

 

Sa mère l’avait hissé

Sur le siège le plus haut

Et comme un roi sur son trône

Chef de l’autobus

Il contemplait son peuple voyageur

 

Il était d’une beauté confondante

Sa face ronde illuminée

Ornée au rebord de la vraie fourrure

D’un anorak de luxe

Solide et bien coupé

Distingué

Ses boucles de cheveux blonds

Rayonnant à la ronde

Comme un petit soleil

 

Accoutrés de plumes et de dentelles

Les anges accompagnant Mozart

Auraient auprès de lui

Semblés de pauvres hères

 

Agé de quatre ou cinq ans

Tous les regards braqués sur lui

Assis dans l’autobus

Il agitait comme un hochet

Une console électronique

 

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De l’autre côté de la table

De tempête en rivage

Ma voisine céramique

Œuvre comme la mer

Ses vagues roulant vers la terre

Un chaos ordonné

De bustes et de visages

De regards aux yeux bien fermés

D’animaux humbles et tenaces

Qu’elle pétrit avec obstination

Avec rage parfois

Refoulant sans ostentation

De terribles cauchemars

Exorcisant le pire quelquefois

Du tranchant de la main

Dans un silence de plomb

Que je ne fondrais

Pour rien au monde

Puis vient le ressac

Et sur l’écume face à moi

Flotte une flotte

De barques légères

De raviers

De ramequins

De godets

De plats courts ou longs

Et de toute la quincaillerie

De la vie

Du vivant

 

Son corps alors se détend

Tout entier pacifique et serein

Son visage se redresse

Elle me voit

Et me sourit

 

De l’autre côté de la table

De tempête en rivage

Ma voisine céramique

Œuvre comme la mer

Ses vagues roulant vers moi

Un monde bien ordonné.

 

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Sous l’auvent de l’abri d’autobus

A mon amical regard

Elle répondit du fond de sa poussette

Par un grand sourire

 

Son bonnet rose industriel

Enfoncé sur son chef

Avec sur le revers

Une blanche tête de chat

Ridicule mais consensuelle

Ses moufles pendantes

Cousues à ses manches

Elle tenait à la main

Un hochet assorti

 

Consciencieuse et aimante

Par force mimiques

La mère encourageait notre colloque

 

Nous en restâmes pourtant là

Nous étant dit l’essentiel

A savoir que je n’étais pas son ennemie

Et elle l’avait déjà compris

 

(Arrêt du 93 Friedland-Haussmann)

 

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Elle était d’une beauté souveraine

Complètement déglinguée

Dans ses nippes froissées

Le visage las sans fard

Le regard tranquille sans malice

N’eut été sur son abondante chevelure

Un reste négligé de teinture

Elle aurait pu poser

Pour l’étrusque Vénus

 

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Ils étaient comme deux oiseaux

Donnant la becquée à leur progéniture

Dont la survie de loin était loin

D’être assurée

Chétif garçonnet

Et fillette malingre

 

S’ignorant l’un l’autre

Déçus de la brièveté de leur amour

Mais faisant face stoïquement

A la charge d’âmes qui en avait résulté

Ses deux parents tentaient d’y suppléer

S’appliquant à l’amble

A ne rien aggraver

Etonnés tout de même

Que la fête se soit sitôt terminée

 

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Elle avait un pied magnifique

Comme on en aurait vu

Dépassant d’un péplum

Au bas des statues antiques

 

Elle l’avait retiré d’un mocassin

Qu’elle laissait traînant

Sur le carrelage noir et blanc

Du hall d’entrée de la clinique

 

Elle suait d’angoisse

D’impatience

Et de regret

S’accrochant à un livre

Qu’elle ne tentait même plus de lire

Tant l’agitation progressait en elle

Donnant des coups de boutoir

Dans la maîtrise qu’elle s’efforçait

Pourtant

De conserver

 

Elle jetait à l’entour

Des coups d’œil terrifiés

Tout particulièrement

En se tournant vers moi

 

Je n’y étais pas insensible

Loin de là

 

J’aurais bien eu pitié d’elle

N’eut été en ce lieu

De souffrance et de peur

Mon propre combat

Contre la consternation

Et la terreur

 

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Fukushima 2011

 

Montent au front

Cœur en fusion

Les samouraïs

Montent au front

Les soldats de la Centrale

Révulsée

Le béton se rétracte

Et désarme

L’Homme persiste

Tenace

 

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Dans ce café de quartier

Sobre sans être retiré

Elle suait la haine

A trois tables à la ronde

Accompagnée de ses deux filles

Presque déjà grand-mères

Et s’appliquant à n’en rien voir

Ni en montrer

Ou du moins à soigneusement

S’en accommoder

 

Elle commanda une viande

Qu’elle réclama bien saignante

Confirmant ainsi

Mes plus sombres intuitions

 

Je lui fis un sourire

Non par compromission

Mais c’était la pause

Et dans mon contentement du monde

Je devais me préserver

 

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Elle se jeta dans mes bras

Au bord de s’écrouler en larmes

Comme sortie de l’asile

Elle remontait des Abysses

 

Je la serrai contre moi

Lui disant

Mon enfant

Et après un moment de silence

Joyeuses Pâques

Suivi d’un inattendu

Terme russe

Que je traduisis pour elle

Comme Résurrection

 

Deux colombes

S’envolaient de nos cœurs

 

Elle s’était jetée dans mes bras

Après avoir salué l’assemblée

Qui fêtait son retour

Au-delà du détour

Bien connu de nous toutes

 

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Il avait la peau

Terriblement sombre

Comme l’ont non au Sud

Ceux du continent voisin

Mais de l’autre côté du globe

Les premiers habitants

Autrefois refoulés

Dans ces lieux infertiles

 

Il ne mendiait pas

Installé comme les autres

Dans sa misère

Ne quémandait

Revendiquant

Implorant

Ou psalmodiait

 

Tout son corps était animé

D’une pétrification muette

Momifié avant l’heure

Par les déboires et la détresse

 

Entre deux âges

Il les avait tous

De l’impatience de l’enfant

A la résignation du vieillard

Mais ne comprenait pas

Pourquoi au milieu des autres

Quand tous mangeaient

Lui n’avait rien

 

Il était l’icône de la débâcle humaine

Sous l’oriflamme froissée de l’espérance

Agitant les bras comme un dernier signal

Tentant l’ultime chance

De juguler l’engloutissement final

 

J’y reconnus venu du fond du fond

Le lien fondamental

Le commencement du code

Le partage

La liaison relative

La relation

De la matière vivante

A la forme cette fois humaine

Là moi

Et pour un temps au moins

Encore moi-même

 

Il avait la peau

Terriblement sombre

Comme l’ont non au Sud

Ceux du continent voisin

Mais de l’autre côté du globe

Les premiers habitants

Jetés ça et là au hasard

Dans la perte de l’avant

Et les affres du temps

 

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De l’autre côté de la rue

Tirant son rideau

La nouvelle voisine me sourit

Je ne l’ai jamais vue

Elle ne connait de moi

Que la loggia de ma cuisine

Petit paradis d’art

Et de végétation

 

De l’autre côté de la rue

La nouvelle voisine me sourit

Je lui souris aussi

Je viens d’y installer

De grands iris

 

Ce sont mes fleurs préférées

On vient de m’en apporter

 

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Il n’était la beauté même

Que par la concentration qu’il mettait

A lire le livre

Qu’il tenait fermement

Mais maladroitement

Entre son pouce et son index

Les autres doigts de sa même main

Engagés dans les anses de ses sacs

Pauvres et propagandistes

 

Appuyé courbé

A la barre de l’autobus

Debout dans l’allée

Il s’efforçait de ne gêner personne

Et y parvenait parfaitement

 

Il portait un blouson informe

Et une écharpe délavée

En bandoulière derrière son dos

Sa sacoche menaçait ruine

Comme par pudeur

J’allais détourner le regard

Il fit une pause dans son ouvrage

Et releva la tête

Qu’il avait jusque là

Gardée inclinée

Je vis alors ses yeux

Parfaitement dessinés

D’un gris translucide

Et tenace

 

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Lui

Sous sa veste impeccable

Une chemise ouverte

Sans cravate

Car c’est Samedi

Moment de détente

Place Saint Sulpice

 

Elle

Cheveux de jais

Peau de pêche

Vêtue ton sur ton

D’un simple haut

En pure soie

La vraie très naturelle

Et d’une jupe sobre

De bonne coupe

Tombant bien

 

Assortis l’un à l’autre

Exemples du bon goût

Ils étaient parfaits

 

Je les admirai

 

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Elle était comme un bois flotté

Echoué sur la plage

Je la tirai sur la côte

Mais cela ne servait à rien

Elle n’avait plus ni fruits

Ni feuillage

Son âme avait complètement brûlé

Confiscatoire et fœtale

Et la vengeance elle-même

Etait hors de propos

 

Elle était comme un bois flotté

Cheveux et vêture grise

Presque blanche

Sans chaleur

Ni candeur

Portant déjà sur tout son être

Le visage comme le corps

Les stigmates de la mort

 

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Dessous le péristyle de la place Foch

Face à la pierre noire du pilori

Derrière les lourdes colonnes de cylindres entassées

L’air résigné

Les traits tirés

Vieilli

Le brocanteur est presque méconnaissable

Dans son échoppe surchargée

Son stock s’est étoffé

Mais tout est toujours bien rangé

Calibré

Etiqueté

Epousseté

 

Au fil des ans

Le brocanteur de la Place Foch

S’est tellement encombré

Qu’il ne peut plus se retourner

Ni retourner

Ni moi m’y retrouver

Aucun doute

Déjà ténu

Le lien s’est bien cassé

Et tout est consommé

 

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Ame et souffle du monde

Anima animus

Assis dans l’autobus

A côté de leurs bagages

Prenant bien garde

A ne pas encombrer

L’allée centrale

Ils étaient parfaitement assortis

Pareils et différents

Dans l’harmonie sereine

Qu’affichent les mariés

Qui en ont tant traversé

Ayant à tout résisté

Et même à l’entropie

Ce logiciel à démolir les rêves

 

Ame et souffle du même monde

Anima animus

Ils étaient assortis

Vieux couple sur le retour

Poussant la délicatesse

A faire couleur commune

Grises leurs chemises

De coupes voisines

Et un peu plus soutenus

Celui de son pantalon à lui

Et de son pantalon à elle

Camaïeu de couleurs

S’étendant même à leurs valises

 

Seules leurs alliances

A leurs gauches annulaires

Etaient exactement les mêmes

Ternes éclats d’un métal désuet

Renvoyant en écho

A leurs cheveux d’argent

 

(Dans le 43 Gare du Nord Bagatelle)

 

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La douleur avait ce matin là

La forme d’un homme

Attrapant l’autobus au vol

Ou plutôt non

Ne le devant pas même à la bonté

De la Régie Autonome

Mais à sa rationalité

A sa décision d’éviter

Coûte que coûte

Les frictions

Les conflits

Les bousculades

Les insultes

Les injures

Les engueulades

Les horions

Et les bastons

Que les conducteurs syndiqués ou non

Ne supportaient plus

En ouvrant largement les portes

A tous les retardataires

Et celui-là en avait bien besoin

Car dans le 84 de 7 heures 21

Au départ de Champerret

Déstabilisé par la violence du virage

Il s’affala en travers de son siège

Fermant les yeux accablé

Semblant dormir

Les ouvrant

Les refermant

Les rouvrant

En proie à une difficulté

Qui serrait le cœur

Sans qu’on sache

Si son tourment était physique

Et qu’il attendait soulagement

D’un remède déjà pris

Ou bien l’effroi d’une situation

Qu’il jugeait sans issue

 

Parvenir à son poste

Ce matin là encore

Requérait toute son attention

Qui néanmoins se dérobait

Lasse et vaine

Comme le véhicule filait

Dans le jour levant

Sa sacoche elle-même

Cherchant à le quitter

Comme sa casquette

N’y croyait pas non plus

N’eut été ses chaussures

Choisies larges et confortables

Pour pouvoir s’enfiler seules

Et son pardessus de qualité

Pour servir et durer

Son âme aurait planté là

Sa carcasse

Nous laissant les uns et les autres sidérés

 

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Elle s’enveloppa

Dans son long voile de mousseline

Ton sur ton

Brodé de fils dorés

Et de fausses pierreries

Que je lisais dans mon planétarium

Comme la carte du ciel

De la lune des étoiles

Et du soleil

 

Elle était très très noire

Et tôt ce matin là

Dans le froid

Dès huit heures

Attendait débout avec moi

Au rebord du trottoir

 

Quand elle monta dans l’autobus

Je découvrais médusée

Qu’elle portait aussi

Du même tissu

De la même couleur

Avec les mêmes broderies

Un long caftan

Parfaitement assorti

 

(Arrêt du 43 Bd Haussmann)

 

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Le kiosquier de la Placette

Vient de fermer boutique

Las d’attendre en vain

Avenue Niel

Les mauvaises nouvelles

Retenues avec les bonnes

Par les Messagerie de Presse

Cette fois encore

En grève

 

Le kiosquier de l’Avenue Niel

S’est enfui

Loin de la Placette

Las de voir

Devant le présentoir vide

Les clients médusés

De tant d’acharnement

Au fil du temps

 

Le kiosquier de l’Avenue Niel

A planté là tout le quartier

Laissant là sans ménagement

Péricliter l’encre et le papier

Les titres et les mots croisés

Les articles et les chiens écrasés

Les tribunes et les publicités

Pour s’en aller s’en retourner

Comme il me l’avait annoncé

Troquer ses choux

Avec son boulanger

 

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Harnachée de cabas

Pendant à chaque bras

Sur son dos

Son sac à main

A dos

Ballotant sur son dos

Les jambes nues

Pour économiser les bas

Même en Décembre

Elle n’en pouvait mais

Et fit une pause

Ses cabas un moment

Posés sur l’asphalte

Tirant son mouchoir

De son sac

Qu’elle remit sur son dos

Elle reprit sa marche

Sous la marquise

De la gare d’autobus

Gare du Nord

 

Nous l’attendions

 

Elle impavide et résolue

Moi réfractaire et absolue

 

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Fernand Léger l’aurait bien peint

Ce grand gaillard à casquette

Qui sur sa plateforme métallique

Comme sur une piste aux étoiles

Surplombant la terrasse

Qui de l’autre côté de la rue

Tout en haut de l’immeuble

Un peu de biais tout de même

Se détache dans le soleil levant

Souple et mobile

Ce beau matin de Septembre

Il va et vient

Revient et re-va

Entre les barres de fer qui rutilent

Et s’animent

Sous la caresse lascive de l’Astre-Mère

S’élevant dans sa gloire pour ma joie

Indestructible

A cause de tout cela

 

Accoudé au bastingage

De cette carène en plein vol

Il hèle en contrebas

Ses collègues

Manœuvrant habilement

Manivelle treuil câble et poulie

Comme un jongleur ses cerceaux

Et ses balles

Au bon milieu du cirque

 

Depuis ma fenêtre

Je vois monter de toutes les couleurs

Toutes sortes de matériaux

Dont j’ignore

Non seulement le nom

Et la fonction

Mais aussi la matière

Bien que j’en ai vu

Dans tous les ports du monde

 

Arrivés à sa hauteur

A la portée de sa main

Il les détache celui qu’aurait bien peint

Le peintre géométrique

Et coloriste

Utopiste

Parfois mélancolique

Et pliant et repliant sur elle-même

L’épaisse corde qui les avait tenus

Un moment ensemble

Assemblés

Après s’être assuré de la sécurité

Il la jette en bas

A ses comparses

Demeurés eux

Au ras du trottoir

 

Libre enfin elle tombe à la verticale

Suivant le cheminement de la gravitation

Imparable législation

Il tire alors le filin

Dont le crochet se détache

Noir sur le ciel bleu

Se penche et se retourne

Se penche encore

Short beige maillot kaki

Il s’active l’homo sapiens

Et peut-être sifflote-t-il

Prométhée en pleine action

Icare en plein rêve

En tous cas vitres fermées

Moi je n’entends rien

Que le crissement spécifique

De l’engin énergétique

Je vois ou plutôt je regarde

Le manège qui recommence

Pragmatique Mécanique Futuriste

Montent montent les matériaux ligotés

 

Il les décroche

Se penche à nouveau

S’assure de la bonne réception

Et recommence la même manœuvre

L’épreuve

La mise en route de la noria

Entre la terre et le ciel

Danse sacrée des vivants

Devant la bienveillante divinité

Il relance le viatique

A la mer des humains

Qui en bas

Se trainent rampent et végètent

Aspirant à respirer

Espérant être aspirés

S’appliquant à s’inspirer

Et miracle comme il choit

Le cordage menant au firmament

L’escalier des songes

Le murmure des anges

Se déploie et s’élargit

Dans toutes les directions

Toutes boucles dehors

Comme un oiseau

Bientôt les ailes ouvertes

Avant de chargé des mêmes rouleaux

Encore s’élever à nouveau

Rustique messager céleste

De l’être vivant constructiviste

En proie à la pesanteur

Anachronique

De l’Etant

 

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Elle était comme une ancienne

Reine de beauté

Le teint hâlé parce c’était sa norme

Les cheveux teints

Parce que c’était la règle

Soigneusement habillée

D’une veste en cuir fauve

Et d’une jupe trop courte

Pour cacher de belles jambes

Balafrées

D’une cicatrice haute

Hideuse

Et boursouflée

Qu’elle cherchait à exhiber

Elle traversait l’avenue

Tanguant de biais sur ses hauts talons

Comme de mon côté

Valétudinaire

Je m’accrochais au lampadaire

Elle vint vers moi

A pas prudent et lents

Je ne me dérobais pas

Comme elle me demanda

Comment rejoindre la rue de Courcelles

C’était loin et compliqué

D’autant plus qu’elle voulait

A travers elle atteindre celle de Cardinet

 

Il fallut en débattre

Nous le fîmes conversant

Sur les transports et les cheminements

Elle finit par me dire

Depuis deux mois déjà

La mort de sa mère

Je lui conseillai alors

D’en broder une tenture mémorielle

 

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Il avait les dents sortant vers le devant

Comme nos ancêtres les préhistoriques

Avec de ci de là

Une couronne en or qui brillait

Animant un étrange brasier

Sous tendant son sourire

Qui dévoilait matriciel

Un abîme où plonger

Pour se perdre

 

Le reste de son visage était classique

Comme sa mise

Eperdument sobre

Toile de fond de sa parole

Raisonnable et tranquille

 

Il ne confondait pas son rôle

Avec celui des autres

Magistrat debout

Membre du Parquet

Il n’engageait en rien

Sa partenaire

La Magistrature assise

Se défendant des pièges

Que dressaient pour lui les médias

Auxquelles il s’adressait

Et qui le poussaient

A d’ores et déjà condamner

Avant même avoir enquêté

Inculpé et jugé

Laissant encore plus à l’écart

Dans cette époque de noise

De tourment et de confusion

La caste politique

A laquelle il semblait

Tout à fait étranger

Se contentant avec obstination

De s’acquitter de sa mission

A savoir

Rendre public

Le rapport d’expertise

Dévoilant terribles

Toutes les causes de l’accident

Ni un hasard

Ni une malchance

Mais une pratique constante

De négligence

Voire d’incurie

 

Il avait les dents pointant vers l’extérieur

Comme nos ancêtres

Les hommes préhistoriques

Répondant sans détour

Aux questions exhibées

Procureur passé maître

Dans l’art de ne rien aggraver

Se gardant de l’outrance

Et de la médiocrité

 

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Bien droite

La main posée sur son caddy

Jaune d’or

Entre paille et poussin

Du moins tout le sac plastique

Ergonomique

Ainsi que la poignée solide

Et les roues

Du moins en leur centre

Les enjoliveurs

Ou ce qui en tenait lieu

Elle-même dans la queue

Au guichet du laboratoire

Se tenant toute aussi droite

Que son engin baillant

Encore vide

En attente de la corvée ménagère

Imposée

 

Bien droite

La main posée sur son caddy

Elle était elle-même bien habillée

De vêtements bien confectionnés

De bon goût

Et joliment assortis

Autour d’une veste au bord de fourrure

Car c’était bientôt presque l’hiver

Elle attendait dans la queue

Bien rangée gardant son tour

La tête inclinée triste à pleurer

Implorant les yeux tournés vers le ciel

N’en pouvant plus sans doute

D’assurer en service commandé

De la noria domestique

On l’aurait dit pareille

Aux antiques chromos

Violemment lithographiés

Réservés à l’instruction des païens

Une édifiante icône de la sainteté

 

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Assis au milieu de nous

Il paraissait comme nous

Juste en un peu plus crado

 

Anorak et pantalon sombres fatigués

Casquette grise à l’avenant

Sur des mèches raides et blanches

Un peu folles quand même

De rester si longtemps

 Eloignées des coiffeurs

 

Seules flambaient neuves

Aux pieds du vieux pépé

Des baskets beiges

Dont les semelles rigides

Fleuraient le low-cost

Venu d’un très lointain ailleurs

 

Assis parmi nous

Dans l’autobus là en tête de ligne

De l’autre côté de l’allée centrale

Lui au milieu de nous

Nous attendions tous

Sagement le même départ

De la Régie Autonome des Transports

Encore un peu publics

Direction Concorde et Solférino

Terminus au Panthéon

 

Il feuilletait un quotidien

Que je pris pour Le Parisien

Ou Aujourd’hui en France

Mais le papier de piètre qualité

Retint plus longtemps mon attention

Comme la maquette qui décidemment non

Ne m’évoquait rien

Et pourtant j’en connaissais

Des variantes de la même

Je persistais néanmoins

A déchiffrer le texte

 

Il était parmi nous

L’un des nôtres

Juste en un peu plus crado

 

Je décodai enfin le titre

Il était en cyrillique

L’ancêtre lisait Viesti

Décidemment

Le monde avait changé

 

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A peine couverte

D’un léger maillot à bretelles

En coton ordinaire

Très à l’aise

Au fond du canapé

Elle était à elle seule

La vision insurrectionnelle

Du vivant en proie

A sa propre gestation

 

Elle présentait à tous

Sa chair dilatée

Monstrueuse de sérénité

De confiance

Et de joie

 

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Cravate sanglante

Et chemise rose

Couronne de cheveux blancs

Sur veste de velours

Lunettes transparentes

Encadrant le regard clair

 

Au milieu de ses collègues

Parce que c’est son tour

Le politologue demeure silencieux

Cherchant au fond de lui-même

Matière à commenter le vide abyssal

La conjoncture inouïe

La vacance de la raison

Du rêve

Et du pouvoir

 

Mais non

Bien que chevronné

Ou plutôt parce que chevronné

Amoureux de l’esthétique

Ce dandy romantique

En a pourtant vu d’autres

Mais là

Il reste coi

 

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Montée en tête de ligne

Assise en face de moi

Elle avait le regard effaré

Etonné

Angoissé

Les cheveux poivre et sel

Regardant sa montre

Et aussi tout autour d’elle

Le trottoir de la ville

Les feux et les panneaux

Puis dans le haut de l’autobus

Touchant presque à son plafond

L’itinéraire affiché

Si difficile à lire

Et encore plus à décrypter

Ou décoder

Avec ses signes et ses balises

Dans le magma touffu

Des tracés noirs

Plus ou moins

Etroits et larges

Et même par endroits

Très épais

 

Elle revint à sa montre

Et ensuite de nouveau

Au paysage du dehors

D’un côté et de l’autre

Tournant la tête

De cristallins

En boîte crânienne

De globes oculaires

En disques cervicaux

De colonne vertébrale

En nerfs optiques

Tournés encore une fois

Vers le dedans ou le dehors

Et vers sa montre de nouveau

S’apaisant

Comme enfin nous commençâmes

A rouler

Heureux du passé simple

Laissant derrière lui

L’imparfait des soucis

 

Mais son calme

Ne dura pas longtemps

Car bientôt son agitation reprit

 

Dans le 84 Champerret-Panthéon

 

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Marché des Antiquités

 

Elle était à l’âge des chagrins

Visibles et bruyants

S’efforçant seulement

De se tenir assise

Bien tranquillement

Comme il le lui avait demandé

Tandis qu’il installait le stand

Dont dépendaient leurs vies

Commune encore

Mais pour combien de temps

 

Contorsionné

Plié en deux

Il fouillait dans ses caisses

Dont il tirait un par un

Des objets à exposer

Bottant en touche

Comme savent si bien le faire

Les chasseurs habiles

Lorsqu’ils découvrent

Que la proie qu’ils croient leur

Se rebiffe

Demande des comptes

Et annonce la venue

D’un tout autre temps

 

Elle était à l’âge des chagrins

Visibles et bruyants

Tournant vers lui la tête

Quêtant de l’attention

Du réconfort

Ou du moins une bonne parole

Pour apaiser sa douleur

 

Mais non rien ne vint

C’était l’ouverture du Salon

Où ils s’étaient engagés pour une place

Et simple scène

Ou commencement de rupture

Au sein de ce chant choral

Il fallait bien que l’aria continue

 

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Le Marché de la Céramique 2016

 

Mal à l’aise sur la terre ferme

La peau burinée

Les cheveux secs en bataille

Il était comme un navigateur solitaire

Le regard perdu sur la ligne d’horizon

Sans craindre pourtant

Comme l’équipage de Magellan

Que l’eau tombe au-delà

Ni que ses vaisseaux fondent

En traversant l’Equateur

 

Au fond de l’éventaire

Fourni par l’organisateur

Ce potier là numéro six cents deux

Donnait à voir ses œuvres

Coupes coupelles

Plats jattes ou compotiers

Sortis droit de sa résolution

Et de son four

De sa pugnacité aussi

Au sein de laquelle s’abritait tranquille

D’ocre au brun un camaïeu

De poissons vernissés

Savamment dessinés

Seigneurs résolus

Flottant aimables et pacifiques

Sous une couverte d’herbes et d’algues

Précieusement observées

 

Le céramiste exposait ainsi

Urbi et orbi ses productions aquatiques

Et aussi dans le fond de sa cambuse

La six cents deux au milieu de bien d’autres

Quelques contenants habités cette fois

De volatiles aux plumes effarouchées

Perdus dans les tons bleus

Sombres et pathétiques

 

On voyait bien que le maître d’œuvre

Etait là moins familier

De ceux d’en haut

Que de ceux d’en bas

Sans doute parce qu’eux-mêmes

Nous fréquentant trop

Ou du moins

Ne cessant du haut des arbres

De sans gêne nous observer

Etaient devenus presque domestiques

Excitant moins du coup

Cet amant des lointains

Et de la liberté aux ailes de nageoires

Toutes de reflets et de transparence

 

Je le rencontrais de temps à autre en Juin

Au rendez-vous saint-sulpicien

Pourvoyeur inlassable

De ma quête d’art et d’essai

Fut-elle cette fois celle d’une vaisselle propre

A masquer le cauchemar de la dévoration

Pourtant nécessaire à la vie

Ce grand malentendu

 

Ma préférence allait à ses vases monstrueux

Pas plus de trois ou quatre

Vue l’étroitesse des lieux

Tous plus oblongs

Ventrus et parfaits

Les uns que les autres

Et dont je comprenais trop bien

A leur monstration

Qu’ils donnaient à voir

Plus aquatique que terrestre

L’étrangeté de notre globe

Bien plus rêverie que territoire terrien

 

Et surtout à cet homo habilis

S’efforçant de devenir et de se maintenir faber

Mal à l’aise sur la terre ferme

La peau burinée

Les cheveux secs en bataille

Comme un navigateur solitaire

Emporté par la force du courant

Et de l’air et de l’eau

Il fallait bien toutes les céramiques du monde

Celles du sien bien sûr

Mais celles du notre aussi

Pour être l’étroite et lourde passerelle

Toute de glaise et de fau

Le lien solide le rattachant à la Terre

Qu’il était si fortement

Et tout le temps

Tenté de quitter

 

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Sous sa gabardine ordinaire

Et trop petite

Elle portait une longue robe

Turquoise et brodée

Qui par la fente pratiquée

Pour faciliter la marche

Laissait voir sur un pantalon noir

Très serré

Des jupons bariolés

 

Sur sa tête

En lamé

Un foulard scintillait

Recouvert d’un châle en laine

Pour épargner le froid

 

Elle était accompagnée

D’un homme plus âgé qu’elle

Et plus petit

En veston et pantalon

Sa calotte rigide et soyeuse

Sur son chef dégarni

Blanche

Se souvenait des Balkans

 

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Sil avait été ténor à l’Opéra

On aurait trouvait normal

Les dures manchettes larges et longues

De sa chemise blanche

S’étonnant toutefois alors

De l’absence d’un jabot en dentelle

Son pantalon noir

En soie naturelle et ou sauvage

Recouvrant des chaussures à l’avenant

Avec des bouts effilés de la même couleur

Au-delà de toute mesure

Ses cheveux poivre et sel un peu gras

Sagement peignés

Tombant sur sa nuque

 

Il avait sur les genoux

Des têtes de mort fluorescentes

Imprimées sur un cartable

De format prévu pour les ordinateurs

Avec de surcroît un peu de place

Pour un linge de rechange

 

En un mot il était ridicule

 

Mais comme m’apprêtant

A descendre de l’autobus

Dans lequel depuis un moment

Ensemble nous roulions

Debout près de la porte

Je surplombais sa tête

Je vis avec effroi

Un appareil au fond de son oreille

Et une minerve entourant son cou

 

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Elle l’espérait

Mais elle n’y croyait guère

Accélérant sa marche

Autant qu’elle le pouvait

Sans pour autant

Se mettre à courir

Car grasse et lascive

Encombrée de surcroît

Elle était dépitée

D’avoir raté l’autobus

Qui au-delà de son arrêt

N’était pourtant plus très loin

Retenu par le feu encore rouge

Pour un petit moment

Au rebord du trottoir

Qu’elle parvint

Par son effort

Par finir à atteindre

 

Elle tourna alors vers le chauffeur

Sa face naïve

Radieuse et suppliante

En appelant pour l’ouverture

Du Saint des Saints

A sa toute particulière générosité

Dans une position

Voire une posture tout à fait codifiée

Celle de l’universel et muet langage

De l’antique statuaire

 

Un bruit pneumatique

Signala l’ouverture du tabernacle

Des transports de surface

C’était la consigne de la Régie

Pour éviter d’aggraver trop nombreux

Les incidents

 

Elle monta triomphante

Se confondant en remerciements

 

Rue de Courcelles

 

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Dans l’arrière-pays

Au lieu-dit Le pas de la mort

Vers Menton

En venant de Vintimille

Par la montagne

Par le sentier

Entre deux abîmes escarpés

Menacés d’y chuter

Nombreux

A la queue leu leu

Dans la nuit obscure

Prenant bien garde

D’éviter les gardes

Les immigrants sortis de la mer

S’enfonçant dans les terres

Font route à pied

Vers l’Eldorado

 

27 Septembre 2016

 

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Les cheveux teints

Botoxée jusqu’à la moelle

Les lèvres trop rouges

Entrouvertes sur de fausses dents

Elle était incontestablement

Dans l’air du temps

Abondant

Sagement

A tout ce que disait

L’animateur de l’écran

 

Je ne la reconnus qu’à sa voix

Je l’avais vue pourtant

Quelques saisons auparavant

Et je l’aimais

Assurément

 

Août 2017

 

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À suivre impérativement

 

 

 

 

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Mise à jour : septembre 2017