CE JARDIN SERA
FERMÉ EN CAS DE
TEMPÊTE
Graphoclip contemporain à l'usage des Humains
Il nageait alternativement è La
bourrasque avait été féroce è
Penchés l’un vers l’autre è Elle
avait un petit sac rose è
Tentant d’envelopper sa progéniture è Il
était très grand è
Elle avait l’air résigné è Vous
revoir juste assez è
Dans le métropolitain è Poussée
par la circulation è
Les
aurais bien peints è
Le
capitaine de Château-Loup è
Le
Dimanche è
Levant
gracieusement les bras è
Sous le narthex de l’église è
Il astique son harmonica è
Comme un essaim d’orage è
Elle
n’était ni belle è
Il avait la beauté è
Elle avait une robe longue et ample è
Les croque-morts ne sont plus en noir è
Fous les fous è
Ses mains sont comme des colombes è
Ils ont des costumes fatigués è
Nous avions rendez vous è
Elisabeth è
La séparation fut un déchirement è
Elle était belle et triste è
Allez-y Angèle è
Le couvreur aux pieds légers è
Les beautés sont en beauté è
L’enfant voluptueux è
La vouivre habite en face de chez moi è
Trois cyclistes è
Les jeunes beautés è
Satan a des slips noirs è
L’autobus est plein de petits princes è
Les amantes è
Elle était comme un spectre è
Il est d’une humeur massacrante è
Deux adolescents è
Cet homme bien élevé è
Ils sont plantés là en massif è
Il dort è
Dans la Collégiale d’Ecouis è
La putain a les cheveux blancs è
Un homme entre deux âges è
Elle était d’une beauté rare è
Vont et viennent è
La belle avait lascivement è
Cela dura des mois è
Il était comme un juif errant è
Les Dames de Moïana è
Ils ont des gueules d’inquisiteurs è
Rose
Reine Bouglione è
Sous la vasque de Mercure è
Vingt cinq ans après sa mort è
À suivre
impérativement è
![]()
|
Sur le côté et sur le dos Ondulant Louvoyant Bifurquant Changeant brusquement de direction Comme ne le font pas les humains Mais les poissons Et on l’aurait cru tel S’il n’avait régulièrement Sorti la tête de l’eau Pour observer l’encombrement Afin de ne heurter personne En cette piscine Qu’il ne confondait aucunement Avec l’océan Il n’avait pas l’air féroce Et concentré Qu’on les amoureux des sports nautiques Forçant certes le respect Mais non l’envie Ni l’arrogance des fils de Neptune Commandant aux eaux A la limite du ridicule Il s’agissait plutôt d’une symbiose Défiant toutes les catégories Comme les insectes en vol Détournent à leur profit Et contournent ainsi La pesanteur Ce nageur là Etait la beauté même Moi-même heureuse En la liquidité Je ne pouvais m’empêcher De le contempler Toute à la fascination De l’absolue altérité Mais il fallut bientôt Détourner le regard Comme je compris troublée Qu’une fois de plus J’étais en présence du sacré |
|
|
|
|
Mes beaux enfants Refermaient les grilles de la propriété L’un avait un vêtement Bleu électricité Et l’autre celui de nos vieilles équipées Ils revenaient des haies buissonnières Et portaient dans leurs mains Le produit des ronces fructifères |
|
|
|
|
Tentant d’envelopper sa progéniture Vigilante vigie Entre ses épaules elle creusait le thorax Pour protéger son petit Ou sa petite De la pluie du vent du froid De la rue aux intempéries Et des passants errants L’enfant se tapissait dans l’habitacle Comme il pouvait Trésor inconscient Mais sur le visage inquiet de la mère Entre les rides déjà On voyait bien Quel miracle il était |
|
A 75 Aire de
l’Allier Des épouses aimantes Qui préfèrent la tranquillité A la sauvegarde d’elle-même Elle tenait à la main Un petit sac transparent En plastique Avec les ingrédients Du pique-nique Lui portait D’un air martial Une glacière Bleu Roi Ils s’installèrent Sur la table en ciment De l’air de stationnement Et en un rien de temps Se remplir Sans rires ni paroles Ils fonctionnaient Tout occupés à se tenir en vie |
|
|
|
|
Un musicien Debout contre le mât Tenait dans les bras Sa contrebasse Comme une belle endormie Une amoureuse lascive Dont il attendait l’éveil A la prochaine station Mais comme il n’avait pas de temps à perdre En attendant la répétition Il lisait Tenant de son autre main Un livre La tête légèrement inclinée Comme on le fait devant un maître Vénéré |
|
|
|
|
Lycée Siegfried La bourrasque avait été féroce Et les feuilles d’automne Rousses et recroquevillées Jonchaient du couloir Le pâle linoléum Et de la salle de classe Le parquet délavé Le tableau était poignant Comme au théâtre A la fin du drame Le décor De l’adieu las et fervent Des amants Résignés Sans doute en était il ainsi Car au milieu des débris Reliefs funestes Soufflés par le vent de la cour Et du jour Et des temps Dans le bâtiment déserté A côté des arbres défoliés Mes élèves errants M’attendaient Splendides ignorants |
|
Comme on en offre aux petites filles Ou aux très jeunes filles Elle portait un costume pimpant Avec un corsage élégant Elle était bien coiffée Et soigneusement maquillée Mais regardant alternativement Les feux des voitures Les voitures et les feux Elle hésitait même au passage A traverser l’avenue On voyait à cela Que sa jeunesse était lointaine Et on en admirait davantage Son allure |
|
|
|
|
Et son manteau de laine Noir et épais Lui battant les chevilles Le faisait paraître Plus grand encore Engoncé dans son écharpe Doublement nouée sous son menton Alors qu’il ne faisait pas froid On comprenait mal Sa tête découverte Et ses cheveux très ras Son regard d’aigle Etait sans cesse en alerte Et il tournait la tête De-ci de-là Ce n’était pas quelqu’un d’ici Il n’était pas assez à l’aise Ni même un voisin de l’Est Rêveur et mélancolique Ni non plus quelqu’un d’ailleurs Car il n’était pas exotique Ce n’était ni un truand ni un policier Bien trop visible pour cela Ni un artiste ni un commerçant Trop agité il n’aurait pas pu s’y tenir Pour un fou il était trop socialisé Et trop contrarié pour un ermite Il n’était pourtant pas menaçant pour un sou Ni non plus très réconfortant Il était Et c’était bien ainsi Il était Et cela était |
|
|
|
|
Pour renouer Avec le déchirement Procéder dans la pénombre de votre vestibule A la cérémonie N’importe comment Puisque maintenant Cela n’a plus d’importance Parce que nous sommes désormais Trop au fait L’un de l’autre Et l’un et l’autre Ensemble De nous-mêmes Entendre votre voix comme un oukase Et cela en est un Prononcer la locution Bibliothèque Nationale Parce que vous pensez Que ce qui a été Doit être Et non pas effacé Me donner le seul objet Que vous ne m’ayez jamais donné Depuis quarante ans que je vous fréquente Et fréquenter est bien le mot Puisque à l’origine Il signifie célébrer Me donner l’objet qui enfant Vous fascinait Et si ce n’est pas celui-là Le même C’est du moins son pareil Celui qui par sa fente Ouvrait au monde entier Evoquer avec vous la tragédie Qui nous lie Et nous relie Vous par l’absence Et moi dans la re-création Vous entendre inspirer Au-delà de la mesure Pour retenir en vous en propre Vos propres sanglots Et ensuite Parce que sinon cela ne serait pas Me retrouver seule dans la rue Dehors Avec cette sensation Que je connais si bien Celle d’une irradiation D’abord indolore Avant qu’elle devienne Au fil de la marche et du temps Une chaleur absolue Et une brûlure extrême |
|
La circulation même de l’air et du vivant Debout à la terrasse Du Canyon Bar Au Centre Ville Dans cette bourgade de garnison Entre la colonnade Et le parking Les pieds dans la conque De ses sandales Inconfortables Et bon marché Voguant de table en table Comme une Vénus Née du souffle de Botticelli Ses fesses généreuses A l’étroit Dans une longue jupe kaki Elle prenait les commandes Sa vaste chevelure blonde Frôlant les clients La poitrine à l’air Débordant de son débardeur noir Plus que moulant On l’aurait cru L’œuvre d’un peintre Tableau retrouvé dans un grenier Un jour de grand déménagement Toile retournée Sans excès de ménagement N’eut été au revers de son épaule Tatouée de feu et d’encre Crachant et rutilant Obscène et éructant Un dragon Les ailes toutes ouvertes Dans le vent |
|
|
|
|
Les beaux aimants Si peinteresse J’avais su peinturlurer Les aurais bien peints Lui l’homme A la chemise fauve Or et écarlate Et elle la femme A la robe à fleurs Fleurement fleurie Les aurais bien peints Les beaux aimants Si peinteresse J’avais su peinturlurer Mais las Ne l’a pas voulu Jalouse L’amère Divinité |
|
|
|
|
Dort tout seul au fond d’un trou Sous des mètres de terre Et de nuages Il est parti rejoindre Les ossements incertains Des ancêtres certains Les lettrés penchés sur leurs grimoires Les funambules en abîme sur le vide Les dandys épuisés d’avoir trop rusé Et les enfants effrayés De s’aventurer seuls Dans l’éternité |
|
Les footballeurs S’en vont foutant Les couples S’en vont flirtant Et les vieillards S’en vont peinant |
|
|
|
|
Au dessus d’elle Elle tirait vers elle les volets La tête tournée en arrière Pour répondre à son enfant Qu’elle couchait Comme la fin du jour s’annonçait Passant dans le couloir Je vis la scène On aurait dit le tableau d’un grand maître |
|
|
|
|
Au Monastère Devisent les saintes femmes Elles évoquent Les provisions de pain Et les soins à donner Au père abbé Infirme et vieillissant Sous le narthex de l’église Les saintes femmes Ne sont pas si saintes L’aînée partie La plus jeune allume une cigarette Son sac à dos ficelé à son côté Et rêve En buvant son café Sous le narthex de l’église Bascule la vie d’une sainte femme En religion bientôt Elle sera sœur Marie |
|
Comme un tueur son flingue Un prisonnier son chibre Un amoureux ses mots Il astique son harmonica Mais il n’en joue pas |
|
|
|
|
La menace Ils étaient là Jeunes Dans les couloirs Abeilles bourdonnantes Guêpes fétides Frelons menaçants Djinns Métalliques et apocalyptiques Entourant Harcelant Insultant Le visage pâle errant Le poursuivant Le chahutant Le molestant Léchant avidement Ses suintements Et d’angoisse et d’horreur Butinant sa peur Absorbant Goulûment Les écoulements puants De l’humiliation et de la compromission Pour en faire un jour Le miel De leur insurrection |
|
|
|
|
Ni laide Royale quand même La peau sombre La chevelure plus noire encore Venant sans doute d’un lieu Dont on était sans nouvelles Une de ces îles Où on concassait encore la tête Aux prisonniers Avec des massues sculptées Qu’on s’arrachait ici Chez les marchands spécialisés Elle n’était ni belle Ni laide Royale quand même La tête engoncée Dans un chandail grège Très ordinaire Une longue jupe En toile épaisse et bleuâtre La couvrant jusqu’aux pieds Serrant contre elle Des sacs en plastique Tout pleins Du strict nécessaire Elle n’était ni belle Ni laide Royale quand même Avec dans le regard Un je ne sais quoi D’exilé Qu’on aurait dit D’écumes et de vagues Si elle n’avait pas Sur la banquette d’autobus De Eté si carrément Callée |
|
Sombre et ténébreuse Des héros romantiques La chemise blanche Ouverte sur son poitrail de fauve Son manteau noir épais Répandu Abandonné au monde Le pantalon rayé Comme en portent au théâtre Les dandys Chez Musset et Hugo La barbe très noire elle aussi Sous des cheveux assortis Ses yeux à l’avenant Jetant des étincelles Sur le siège Il occupait deux places Non par défi Ou par laisser-aller Mais pour être plus à l’aise Pour rêver Ce qu’il faisait intensément Propageant à la ronde Un analogue songe Il avait fière allure En tous points parfait Jusqu’au châle tricoté Gris perle Un peu vieillot Comme on en voyait Dans ma jeunesse Chez les vieilles Il avait dû lui être donné Par une femme Négligemment noué D’une façon savante Afin de laisser voir Les poils de son thorax Il l’arborait ostensiblement |
|
|
|
|
Elle avait une robe longue et ample En velours noir Comme en ont sur la scène des théâtres Les vierges Qui n’ont pas trouvé preneurs Elle avait carré sa majestueuse pesanteur Sur le haut d’un haut tabouret Et accoudée en face de moi De l’autre côté de l’établi Travaillait de la terre bleue Un peu plus claire que la mienne Nous faisions barbotine commune Elle racontait de ses neveux et de ses nièces Les menus faits de leurs vies quotidiennes Et on faisait l’effort de l’écouter Parce qu’elle était touchante Dans sa simplicité Autrefois on l’aurait dit simplette Mais dans cet atelier minuscule Au sous-sol d’un hôtel particulier Où se mêlaient les mains et les rêves Les cœurs ne pouvaient pas Longtemps s’ignorer Car c’étaient eux Qui impulsaient les formes Et dans cet art de la céramique Dans lequel je n’étais plus une débutante Mais pas encore tout à fait assurée Elle était depuis longtemps Une vieille routière Plus que chevronnée Comme je me colletais Courageusement Avec une grande idole Dont je voyais jaillir Entre mes doigts Envers et contre moi Le corps tourmenté Elle peaufinait à l’aise L’anse d’une saucière Alambiquée |
|
|
|
|
Cimetière de Soissons Les croque-morts ne sont plus en noir Mais en bleu pétrole C’est Tout fond Tout glisse Tout lisse Les croque-morts ne sont plus en noir Mais en gris informatique C’est la modernisation Attention Un signe de trop Et fragile La mort s’éclipse Laissant les chairs désorientées S’égarer Dans les cieux désertés |
|
En sarabande Se suivant Avançant Ou reculant En s’aimant Se haïssant Se pinçant Se caressant |
|
|
|
|
Ses mains sont comme des colombes Qui s’agitent et s’envolent Reviennent et virevoltent Dans un sens et dans l’autre Montrent traversent et tournoient Versent et se renversent Quêtant affolées les moyens d’habiter Les failles quadrillées de l’espace illimité Ses longues boucles d’oreilles De nacre et de métal Descendant bien bas Sur son pull-over noir Austère et secret Contrepoint rengainé De son visage figé Mais les doigts volatiles Nuage diaphane de paroles digitales Démentent pathétiquement Cette volonté sévère De maintenir coûte que coûte Quoi qu’il en coûte Le plus dur Des ordonnancements |
|
|
|
|
Colloque Et des calvities plutôt sévères Des sacoches patinées Et des lunettes esthétiques Hiératiques Ils ont les corps délacés Et des idées à vérifier Professeurs patentés Serviteurs installés De Notre Très Sainte Mère L’Université |
|
Au lieu dit A l’heure dite Je la vis venir de loin Raide et froide Mais j’en avais l’habitude Ses lunettes de soleil Durcissant encore Un faciès Déjà dur Désormais devenu avec l’âge Presque un masque Je ne m’arrêtais pas A si peu Toute à mon affection Vieille de plus de quarante ans Je lui fis un petit signe Auquel elle ne répondit pas Je ne m’en offusquai pas Grande fille maintenant Il en était bien temps Comme elle traversait la rue Je m’avançai vers elle Et lançai quand elle passa à ma hauteur Un joyeux Salut ma belle Auquel elle ne répondit pas Je la regardai médusée Continuer son chemin Comme si je n’existais pas Vaguement soupçonneuse Je scrutai le bas de son visage Et son regard Derrière les lunettes Ce n’était pas elle J’éclatai de rire Cueillant sur un visage anonyme Un sourire complice Et réjoui |
|
|
|
|
Tête baissée Fonce au lycée Pas pressé Habillée Pomponnée Verrouillée |
|
|
|
|
Taxi La séparation fut un déchirement Il avait l’air d’un chauffeur de taxi Et moi d’une cliente arrivée à bon port C’était tout à fait cela Mais pas du tout cela Il m’avait quatre années durant En Ile de France Compteur tournant Emmenée entre routes et champs Jusqu’à un lieu somptueux Et retiré Visiter des corps souffrants Qui n’étaient toujours chers Ceux de mes géniteurs Qu’en dépit des difficultés Je n’avais pas abandonnés Ni même relégués Il avait partagé avec moi La tension de l’aller Et le soulagement du retour Puis l’habitude aidant Plus que la tension Le soulagement Mais aussi L’absence d’amertume Face aux liens brisés Ou pire Ceux qui ne s’étaient jamais noués Déni de filiation Défaut de la cuirasse N’empêchant pas Le rire Et la sérénité Et ce Par tous les temps Il connaissait le chemin par chœur Et je me laissais conduire Sans plus rien indiquer Comme le trajet était long Et que nous le faisions souvent La conversation s’était étoffée Et nous nous étions découverts Tous les deux Enfants perdus et déclassés Par l’implacable air du temps Lui conduisant des clients Dans sa presque limousine Et moi surveillant un bagne Dont j’étais submergée Tous les deux Traversant avec constance La quotidienne mort Pour résister encore Il était d’une beauté suprême Et dans cet univers païen Mars et Venus avaient fait le reste Las C’était maintenant la fin Il s’arrêtait L’âge venu Licence vendue Et partait vers d’autres cieux Où on ne se verrait plus Je payais le prix Qu’on avait Par jeu Grand seigneur de part et d’autre Fixé toujours à cent euros Gagnant à tour de rôle L’un contre l’autre Et ensemble Sur les contingences De la réalité Qui n’était pas parvenue A nous broyer Lui à son volant Et moi devant la porte Lui comme un chauffeur de taxi Partant vers d’autres courses Et moi comme une cliente arrivée à bon port Nous nous fîmes un geste de la main Pas seulement l’au revoir des enfants Ou l’à bientôt des amis Mais l’adieu bouleversant Des presque amants |
|
Dans ce café discret Son béret orange bien droit Sur sa face placide Elle m’émut dans les tréfonds de l’être Juste avant que je découvre A quel point je l’aimais |
|
|
|
|
Eté studieux A Palavas-Les-Flots Je pense à vous mes angelots A Palavas Sur le sable Et les flots Je pense à vous mes angelots A Palavas-Les-Flots Sur la vague A Palavas Le sable Et l’eau |
|
|
|
|
Porte de Champerret Dit la patronne A l’employée Plus âgée qu’elle Chez Léonidas Avenue de Villiers C’est Noël Et chocolat Les boîtes débitent Au dessus du tiroir-caisse Qui cliquette La queue s’allonge Sur le trottoir On se presse On s’oppresse Allez-y Angèle Dit la patronne Pour accélérer le mouvement Et éviter l’engorgement |
|
Pays de Bray Vole de toit en toit Ardoise Ma mie Ne glisse pas de mes doigts Mais mets toi là Et tiens-toi |
|
|
|
|
Exsudant toute leur féminité Parées de leurs plus beaux atours Elles ont sorti tous leurs appâts A l’entour Elles sont au bras de compagnons Amants braves et sereins Danseurs dignes dans leurs vestes Valse musette accordéon De pontons en guinguettes A Joinville le Pont Les beautés sont en beauté C’est Dimanche au bord de On va chez Gégène Ou Au Petit Robinson |
|
|
|
|
Vezins du Levézou Caresse la colonne Du lit à baldaquin Main sur bois Doigt sur cire Rêve sur rêve |
|
Vis à vis La vouivre habite en face de chez moi De l’autre côté de la rue Au premier étage Dans un immeuble très bourgeois Au dessus de sa jardinière De géraniums prolifiques Les capucines grimpantes grimpent Arborant tous leurs jaunes Oranges Beiges jaunasses et orangés Le chèvrefeuille occupe Comme il peut Tout le reste de l’embrasure Coulant à flots Au dessus de la grande porte cochère Son installation végétale Force en tous points l’admiration Dès qu’il pleut Elle ouvre sa fenêtre Et s’accoude Batracienne éperdue Gonflant sa gorge Au fluide vital Je fais de même Et nous nous sourions |
|
|
|
|
Sont passés Parlaient de Cap Horn Et de vent assassin Trois cyclistes Sont passés Fronts baissés Cœurs fermés |
|
|
|
|
Séminaire Ont le visage fatigué C’est la fin de l’année Les jeunes beautés Ont les traits tirés |
|
Au nom des couturiers Le tissu collant Tient ses génitoires bien serrés Il ne s’agirait pas Que sa semence s’éparpille Et tombe dans des lieux Où le malheur ne germerait pas |
|
|
|
|
Beaux Quartiers L’autobus est plein de petits princes Sortis à quatre heures Du Parc Monceau Et montés Dans le quatre vingt quatre A l’arrêt Murillo Ils sont blancs Dans leurs costumes Uniformément Leurs costumes Bleu marine Pareillement Accompagnés de leurs nurses Etudiante désargentée Asiate dépaysée Toutes également Discrètes Efficaces Et stylées Ils tiennent à la main Les gros goûters Qu’on vient juste De leur apporter Ils parlent sans faute Et rient sans éclats N’occupent pas toutes les places Et se saluent gentiment En se quittant L’autobus est plein de petits princes Charmants et babillant Qui se retrouveront Main dans la main Le lendemain Leur école est un hôtel particulier Et à la récréation Ils jouent dans les allées |
|
|
|
|
Tendent leurs visages avides Vers les aimés Qui se reculent Distants Et prévenants |
|
Joliment arrangé Toute son énergie consacrée A offrir à autrui Un pourtour savamment agencé Elle attaqua mon physique Et ma pensée Pas mon œuvre tout de même Car elle savait cela sans retour Piétinant Tout ce qu’elle pouvait piétiner Elle était comme un spectre Joliment arrangé Destituant d’une phrase Chacune des miennes Tirant sur tout ce qui vivait Aimait Bougeait Ou simplement respirait J’abrégeai la rencontre Qui ne pouvait avoir lieu Elle était comme un spectre Joliment arrangé En un peu plus toxique |
|
|
|
|
Il est d’une humeur massacrante Il va me massacrer |
|
|
|
|
Avenue Niel A l’arrêt d’autobus S’efforçaient de s’aimer Comme les Grands Elle avait un look d’enfer Avec un chapeau de paille Digne au théâtre D’une représentation D’Un mois à la campagne Lui La peau mate Avec des boucles sombres S’était modernisé D’un collier en terre cuite Ils s’appliquaient ce matin là A garder Dans le soleil levant La bonne distance N’étant ni trop proches Ni trop lointains Et tentant Comme on le voit dans les téléfilms D’entrecroiser en gros plans Leurs répliques Sans chevauchement Mais la pesanteur charnelle Qui les poussait l’un vers l’autre Rendait difficile Un jour d’été Cet exercice par trop raisonnable Le flot aqueux Qui les parcourait souterrain Irriguait la rue Tout à l’en tour Moi qui aurais pu Etre leur grand-mère à tous les deux Les surplombant Depuis l’autobus stationné J’en fus toute ressourcée |
|
A l’air exaspéré Délivre son épouse D’un vêtement cintré Rigide et encombrant Chevalier servant D’une femme servie A si bien faire semblant Il en est émouvant |
|
|
|
|
Sur le rond point bombé Comme les fleurs cultivées Par leurs jardiniers Sur le parterre du carrefour Aménagé tout au bord De l’Aéroport Du Bourget Ouvrant tout grand Leurs corolles Au vent nouveau de la technique Spectateurs clandestins Du Salon de l’Aéronautique Scrutant par-dessus le grillage En fraude et en extase La prouesse électronique L’extrême vol métallique Des grands oiseaux Tout blancs |
|
|
|
|
Plein de songes et de mort Devant l’écran bleuté Cathodique et maléfique La guerre fait rage La terre est dévastée Dedans le grand fauteuil Il rêve Catholique Désaffecté |
|
Dans Cette année là On mariait Petit Cousin Entre boiseries et chapeaux Les bouquets embaumaient Et les cierges illuminaient La gorge commune recueillie Modulait cantiques et psalmodies En lentes vibrations Sous la voûte Le chant ecclésial s’élevait Tournoyant sous les briques et les pierres Entre le Vexin normand et français Perché sur la rosace Contre le bleu céleste Un oiseau en mesure L’accompagnait |
|
|
|
|
Distique de la rue La putain a les cheveux blancs La putain à cheveux teints |
|
|
|
|
Et une chienne sur le retour Ne vivaient plus Que l’un par l’autre Ne vivaient plus Que l’un à l’autre Elle suiveuse suave Suivante et suante Dégoulinante D’aimance affective Lui la repoussant Sans haine affectée Comme une serviette mouillée En attendant Qu’elle ait séché |
|
Visage de porcelaine Cheveux de jais noirs Assourdis encore par une teinture sombre De grands yeux bleus Qu’aurait aimés Matisse Ou Picasso Une bouche rouge Repeinte à l’écarlate Emergeant d’une robe à résille A damner les poètes Je la contemplai longuement Dans le silence Des heures durant Rêvant à l’œuvre qui en naîtrait Las Au déjeuner Elle s’adonna A la violence Et à la méchanceté Bouleversée Ma création avorta |
|
|
|
|
Ames en peine Têtes baissées Humiliés |
|
|
|
|
Remonté les volets Et ouvert sa fenêtre Pour apparaître Encore un peu ensommeillée Dans la lumière blanche De la cour Elle arborait un peignoir Comme on en voit Dans les journaux de mode Plus fait pour se montrer Que s’activer Elle se mouvait lentement Peu pressée d’aborder Les difficultés de la journée Lesquelles ne pouvaient être Etant données sa maîtrise Et son allure Que des désagréments |
|
Quelques années Ils se retrouvaient le matin Dans l’autobus de sept heures trente Tous les jours ouvrables Les jours ouverts Les jours ouvrés Il l’attendait à l’arrêt Debout au bord du rebord Du Boulevard de Courcelles Comme elle venait de bien plus loin De Ou encore de plus haut De la colline du Trocadéro Comme le véhicule ralentissait A l’annonce de la rencontre Sous la tente de l’attente Elle scrutait le trottoir Souriant dès qu’elle l’apercevait Sûre de son bonheur Et de son pouvoir Lui montant radieux Illuminait à lui seul tout le couloir N’ayant d’yeux que pour elle Il se jetait sur la banquette Vide à cette heure là Et assis en face d’elle Penché Courbé Lui baisait les mains Fervent Eperdu S’attardant sur elles Comme si le sort du monde en dépendait Et pour lui au moins c’était sûr Il en dépendait Car tous les jours il recommençait Et ensuite Mais ensuite seulement Un moment après En se redressant Il l’embrassait sur les deux joues Comme une amie Comme une femme Comme une maîtresse Après qu’il eut Dans les cieux entrouverts Vénéré la déesse |
|
|
|
|
Boulevard Serrurier Ne se sentant plus ni juif Ni errant S’accrochant à deux mains A la canne Qu’il tenait devant lui En avant Loin du sol Le regard éperdu Perdu Dans le vague Dans la brume Dans le froid La froidure La solitude Et l’angoisse du monde Incréé Il était accompagné D’une femme D’une fille Une nièce Une amante En tous cas une amoureuse candide Qui légèrement inclinée contre lui Le convoyait muette Le poussant dans la bonne direction Bouvière résignée Témoin d’humanité Il était comme un juif errant S’avançant hagard S’accrochant à deux mains A la canne Qu’il brandissait devant lui Comme un sésame Pour fracturer la nuit |
|
|
|
|
Arpentent les couloirs La peur aux seins L’angoisse au ventre Ne font mine de rien Mais ne pensent qu’à cela Elles attendent les prélèvements Quêtant les résultats Scrutent les écrans Détournant le regard D’un air indifférent Pour trouver en elles-mêmes Réconfort et bien-être Pour le cas échéant Affronter La nouvelle Cachant leur tragédie Dessous cet euphémisme Les Dames de Moïana C’est ainsi qu’on les nomme Hantent l’hôpital Du Pavillon de Jour Au bâtiment axial |
|
Ils ont des gueules d’inquisiteurs Pleins de haine et de méchanceté S’apprêtant à torturer Non par plaisir Mais par nécessité |
|
|
|
|
Fait ses débuts de contorsionniste Sous l’épais chapiteau rouge De toile rouge D’un cirque de poche itinérant Errant Entre les terrains vagues de la ville Coincé cette fois Entre les boulevards des Maréchaux Et le Périphérique Sale et miséreux Le lieu fait peine à voir Elle a six ou sept ans Rose Reine dans son costume Lie de vin Deux pièces à sa taille Vêture minimum et même Presque un peu moins En dépit de la bordure de dentelle Qui ne cache rien De ce très jeune corps extrême Tout de beauté et de flexibilité Sa compétence et sa technique Son enthousiasme encore bien plus Forcent tellement le respect Que face à ce prodige Volant et voletant au trapèze Au dessus d’un impérial tapis Aux couleurs pâles et suaves On détourne les yeux Mais non pas les oreilles Car les cris de sa famille Nombreuse et chamarrée L’encouragent sauvagement Et se frayent un chemin A travers le monde clos des spectateurs Installés sur les banquettes De bois On pense à l’imposant Cirque d’Hiver A la polychromie tenace Que dirige sa parentèle d’oncles Et à tous ses ancêtres Les arrière ceci et les arrière cela Depuis le premier montreur d’ours Jusqu’aux spots électroniques Et aux tigres blancs Retenus par de hautes cages Rose Reine Bouglione Fait ses débuts de contorsionniste Au cirque Romanès Et ne se demande pas encore pourquoi Son père à elle En homme libre A renoncé un jour Au confort Et à la sécurité Choisissant sans lui demander son avis De l’entraîner avec lui A la poursuite du vent |
|
|
|
|
Villa Médicis Agenouillée dans la matrice du jardin Elle regarde derrière la grille Le corridor obscur du jardin Donnant sur le pavement du vestibule Les grandes lèvres des portes S’entrouvrent sur le cloaque de la ville Mais elle ne veut pas quitter le corps de pierre Car elle ne sait comment dire Au nom du manque |
|
J’appris qu’il avait été pêcheur A la barque et à l’épervier Sur la rivière en contrebas Entre les flots du Tarn Coulant de vignes en amandiers C’était donc cela Le cœur de sa sereine gravité Qui tant de fois M’avait tant de jours et tant de fois Attirée tant de fois Chez ce célibataire taiseux Comme j’étais moi-même Encore jeune et toujours enflammée Une génération nous séparait Mais dans le haut de ce haut village Entre les grottes et les oiseaux Dans le cœur du creux du rocher Des deux côtés du même mur Lourd et irrégulier De toutes les pierres ocres et rosées Qu’en ce lieu depuis longtemps sédimenté La terre aride avait secrétées Nous nous aimions D’un amour singulier Et pourtant Je le connaissais à peine Sauf de temps à autre Au gargouillement de son évier Car servitude des lieux L’eau à découvert En coulait dans ma cour Pas même mitoyenne La quantité d’un seau à peine Qu’il allait chaque jour Chercher à la fontaine Pour lui-même et sa mule Dont je guettais pour me rendre à moi-même Le bruit sourd du sabot Frappant hiératique Le sol meuble de son écurie Horloge chaotique A ponctuer le temps Lui ne m’entendait pas C’est ce qu’il me dit un jour Au cours d’un long et unique discours Dans lequel il m’expliqua prolixe Mystère préhistorique Tout le bien qu’il pensait de moi |
|
|
|
|
… À suivre impérativement |
|
Mise à jour : mars 2008